Trump bouscule la géopolitique mondiale. Il replace les intérêts nationaux au centre des relations internationales, au détriment du multilatéralisme. Il nous renvoie à une géopolitique du siècle passé, en particulier la doctrine Monroe. Toutefois, l’actualité géopolitique nous oblige à adapter notre approche. C’est pourquoi le New York Post parle de « doctrine Donroe » en janvier 2025.

Monroe, de quoi parle-t-on ?

La doctrine Monroe fait référence à un discours de James Monroe, président des USA de 1817 à 1825. Dans ce discours, James Monroe soutient que l’Amérique est aux américains et l’Europe aux européens. Les affaires de chaque continent ne doivent en aucun cas être sujette aux ingérences. Cette politique va perdurer au-delà de Monroe et évoluer.

Dans un premier temps, cette politique est agressive. Elle se veut expansionniste jusqu’à colonialiste selon certains. Cela se traduit par de multiples interventions des USA en Amérique Latine. Par exemple, les USA interviennent militairement à Haïti et au Chili en 1891 ou en République Dominicaine et au Guatemala en 1904.

Cette politique conduit même les USA à entrer en guerre avec l’Espagne en 1898 pour défendre la doctrine Monroe. C’est la guerre hispano-américaine. En somme, elle a historiquement servi de justification à l’hégémonie des États-Unis sur l’Amérique Latine.

La doctrine Monroe mute

Cette politique évolue après la seconde Guerre Mondiale. Les intérêts des USA en Amérique Latine visent à préserver leur emprise face à l’URSS. Pour cela, les interventions directes ou indirectes parcourent un demi-siècle d’histoire. Tous les coups sont permis. Cela va du renversement d’un gouvernement comme celui chilien en 1973 à l’escalade nucléaire autour de Cuba en 1962. L’URSS ne doit pas l’emporter.

Après la fin de la Guerre Froide, les USA se sont relativement retirés de l’Amérique Latine. Ce territoire n’est plus à protéger ; une autre région appelle l’intervention américaine : le Moyen-Orient. C’est notamment la guerre en Irak. Or, ce recul de la présence américaine en Amérique Latine laisse la voie à Chine.

L’ère de Trump… et la Chine… : la « doctrine Donroe »

La Chine, le nouvel ennemi de Washington en Amérique Latine

Aujourd’hui, la Chine étend son influence dans les terres gardées des USA. En effet, la Chine supplante économiquement Washington en tant que premier partenaire commercial au Brésil, au Chili et au Pérou.

L’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) rapporte que les échanges entre la Chine et l’Amérique Latine ont été multipliés par 51 entre 2000 et 2023. Ils sont passés de 10 milliards de dollars en 2000 à 518 milliards en 2024. L’IRIS projette une hausse allant jusqu’à 700 milliards en 2035.

Au-delà des chiffres, Pékin concrétise son influence en achevant des projets d’ampleur. Par exemple, l’empire du Milieu a tissé le « Chili-Chine Express », un câble de 14 000 kilomètres reliant Hong Kong au Chili. C’est un coup de force. Ce câble rompt l’hégémonie américaine sur les télécommunications dans la région. Ce succès est double, car le Chili n’est qu’une porte d’entrée ouvrant sur le marché argentin et brésilien, soit plusieurs centaines de millions de personnes.

Néanmoins, les USA conservent le rôle de premier partenaire et largement. En 2023, l’IRIS, toujours, rapporte que les échanges entre les USA et l’Amérique Latine compte pour 1100 milliards de dollars. On parle donc de plus du double. De plus, malgré une perte d’intérêt des USA pour cette zone, elle n’en reste pas moins : « notre voisinage » déclare Pete Hegseth (Secrétaire à la Défense américain). Il soutient au nom des USA que « nous la protégerons ».

Trump pense comme Pete Hegseth

La «  doctrine Donroe » est un concept proposé par le New York Post en janvier 2025. Il s’agit de la fusion du Donald (Trump) et de Monroe, mais pourquoi ? Donald Trump continue de voir l’Amérique Latine comme une extension des USA pour les USA. Dans l’idée de défendre ses intérêts, il adopte sa fameuse «  stratégie bulldozer ».

Cette stratégie se traduit par une approche nouvelle et plus rude. Elle commence par la suspension de toutes les aides et subventions. Elle se poursuit par des attaques. Ceux qui n’adhèrent pas subissent le courroux de la première puissance américaine. Le Venezuela est peut-être l’exemple le plus percutant. Le pays de Maduro est considéré par Trump comme étant l’ennemi des USA.

En conséquence, depuis septembre 2025, l’armée américaine a mené 21 frappes contre des hors-bord qu’elle accuse de transporter de la drogue, tuant 83 personnes. C’est plus de 4 000 soldats, des avions et sous-marins espions américains qui sont présents selon l’AFP. En dehors de la pression militaire, le Venezuela souffre de spoliation des USA. Ils ont saisi un navire pétrolier au large du Venezuela, une action qualifiée d’« intervention illégale » par Caracas, et rapportée par Les Échos le 11 décembre.

La méthode trumpiste cherche à influencer les élections. Sur Truth Social, D. Trump avait appellé à voter pour le conservateur d’Amérique Centrale Nasry Asfura. Il ajoute : « S’il n’est pas élu, les États-Unis ne gaspilleront pas leur argent”. Le but est de l’emporter tant politiquement que militairement. Les USA cherchent à évincer la Chine en instiguant la peur.

À l’inverse, les pays qui se sont ralliés aux USA ont été félicité pour ce ralliement. L’Argentine s’est pour cela vue accordé un plan de sauvetage américain de 17,2 milliards d’euros. En effet, le président Javier Miliei compte parmi les plus fervents supports de Donald Trump. Il a entre autres donné à sa campagne présidentielle le slogan : Make Argentina Great Again, paraphrasant le slogan républicain de 2025.

Que penser de la doctrine Donroe ?

Le concept de «  doctrine  Donroe » n’est pas un concept scientifique, mais journalistique. Ce néologisme révèle un constat historique essentiel : la géopolitique contemporaine n’est pas la norme mais l’exception. Les siècles passés sont parcourus et rythmés par les égoïsmes nationaux.

Ce que Trump met en œuvre n’est pas une rupture, mais la réactivation d’outils anciens, adaptés à un contexte nouveau. La question n’est donc pas de savoir si ses méthodes sont inédites, mais jusqu’où elles iront. Ces extrémités, loin d’être une anomalie, s’inscrivent dans une logique millénaire : celle d’un monde où la puissance prime, et où les règles ne sont que des parenthèses fragiles.