Interview de Victoire Lemaigre du Breuil, stagiaire au pôle discours de la Présidence de la République
Dans cet entretien, Victoire Lemaigre du Breuil revient sur un parcours construit pas à pas : classe préparatoire, ENS Lyon, année d’échange à Cambridge, puis expériences au cœur de l’État, de l’Ambassade de France en Italie à la Présidence de la République.
1. Quel type de lycéenne étiez-vous et quelles étaient vos matières de prédilection au lycée ?
J’étais plutôt en milieu de classe, mon lycée était très exigeant et je n’avais pas d’excellentes notes. Je faisais des maths, des sciences économiques et des humanités (bac post-réforme).
2. Pourquoi avoir choisi d’intégrer une classe préparatoire A/L après le lycée, et pour quelle raison avoir opté pour la spécialité anglais ?
Je voulais faire une classe prépa pour l’exigence de ce cursus, la capacité de travail qu’on y développe et l’intensité de l’apprentissage. Je suis allée en spé anglais, dans la prépa Blomet, car c’était ma matière forte et mes professeurs pensaient que mon niveau me permettrait d’être admissible.
3. À l’issue de votre classe préparatoire, vous avez été admise à l’ENS Lyon, à l’ENS Paris-Saclay, ainsi qu’à l’ESSEC et à l’ESCP. Qu’est-ce qui a motivé votre choix en faveur de l’ENS Lyon ?
J’ai choisi l’ENS de Lyon car celle de Saclay n’a qu’une seule section littéraire, celle des anglicistes. Et j’ai choisi une ENS car je pensais qu’il était plus facile d’intégrer une école de commerce par la suite que dans le cas inverse.
4. Comment décririez-vous votre expérience à l’ENS Lyon en trois mots ?
Opportunités, exigence, autonomie. L’ENS ouvre beaucoup de portes pour trouver des stages dans la diplomatie ou la fonction publique et cela fait l’intérêt principal du cursus si l’on n’envisage pas de carrière dans l’enseignement.
5. Vous avez rédigé un mémoire de master sur le rôle du renseignement lors de l’invasion de l’Irak en 2003. Pourquoi avoir choisi ce sujet ?
En tant qu’angliciste, mon intérêt se porte principalement sur la politique américaine ainsi que sur le rôle des Etats-Unis dans le monde. Ce sujet m’a permis de croiser des aspects de politique intérieure (prise de décisions de l’exécutif) et extérieure à travers le renseignement et l’étude de la relation US-Irak. Dès l’été dernier, pendant que je rédigeais ma conclusion, les frappes sur les sites nucléaires iraniens ont confirmé que le sujet restait actuel. Cette année, ma recherche porte sur les politiques de Bush et Obama au Moyen-Orient.
6. Vous avez effectué un stage à l’Ambassade de France en Italie. Quelles étaient vos missions ?
J’ai créé ou mis à jour des notes diplomatiques sur l’IA et le nucléaire civil en Italie, surtout sur les aspects qui concernent la coopération bilatérale ou européenne. Je contribuais également à l’organisation de conférences sur l’IA et ses problématiques éthiques et juridiques. Je m’occupais aussi beaucoup des dossiers Erasmus franco-italiens, et je faisais des notes de synthèse sur des dossiers statistiques.
7. Vous avez réalisé un échange universitaire à Cambridge durant l’année académique 2024-2025. Pourriez-vous nous en proposer un bref retour d’expérience ?
C’est une très belle expérience, j’ai rencontré énormément de gens passionnants, vraiment intellectuels. Le cadre d’étude et le brassage culturel sont exceptionnels, de même que les professeurs avec qui le rapport humain est vraiment plus personnalisé qu’en France. Chaque travail produit donne lieu à un échange en tête-à-tête pour un feedback, et à une discussion enrichissante.
8. Vous avez ensuite effectué un stage auprès de M. Rossi, conseiller discours du Président de la République. Comment avez-vous obtenu ce stage et quels conseils donneriez-vous aux étudiants souhaitant suivre un parcours similaire au vôtre ?
J’ai fait une candidature spontanée sur la suggestion d’un ami qui connaissait la stagiaire précédente. Puis j’ai fait un entretien et j’ai rédigé deux exercices de communiqués de presse. Les candidatures spontanées sont vraiment un outil essentiel, il ne faut pas hésiter à les multiplier ni à relancer si l’on n’a pas de réponse. Je pense qu’il est aussi essentiel de contacter des gens sur LinkedIn (par ex des alumni de votre école) si leur parcours vous intéresse.
9. Pouvez-vous décrire vos missions en tant que stagiaire conseillère discours à la Présidence de la République ?
Je rédige des communiqués de presse et des discours, et je contribue à la préparation de la panthéonisation de Marc Bloch.
10. Y a-t-il un livre, une pensée philosophique ou une personnalité qui a particulièrement influencé votre manière de voir le monde ?
Le livre World Order d’Henry Kissinger est très utile pour comprendre l’histoire et les grandes tendances des relations internationales.
11. Si vous deviez donner deux conseils à un étudiant souhaitant suivre une trajectoire similaire à la vôtre, lesquels seraient-ils ?
Il faut oser et ne pas s’autocensurer, et beaucoup lire, notamment la presse, pour comprendre les structures et connaître les acteurs du domaine qui nous intéresse.
12. Enfin, auriez-vous une anecdote marquante à partager pour conclure cet entretien ?
Il faut savoir passer par la fenêtre si la porte est fermée : c’est en apprenant qu’un autre élève avait raté son test d’anglais que j’ai pu négocier ma place à Cambridge.