Isabelle Hermetet, au cœur du capital-investissement : accompagner, transformer, transmettre
Pendant longtemps, le private equity est resté un monde discret, presque opaque. Aujourd’hui, il est devenu un acteur central du financement et de la transformation des entreprises. À la tête de l’activité investissement Small Cap de Seven2, Isabelle Hermetet incarne cette évolution. Managing partner, elle porte à la fois la responsabilité de la stratégie d’investissement, […]
Pendant longtemps, le private equity est resté un monde discret, presque opaque. Aujourd’hui, il est devenu un acteur central du financement et de la transformation des entreprises. À la tête de l’activité investissement Small Cap de Seven2, Isabelle Hermetet incarne cette évolution. Managing partner, elle porte à la fois la responsabilité de la stratégie d’investissement, de la relation avec les investisseurs, de la performance des fonds et de l’accompagnement opérationnel des entreprises. Rencontre avec une professionnelle du capitalinvestissement qui revendique autant la rigueur financière que l’aventure humaine. « La finance m’a toujours paru être une excellente clé de lecture de l’entreprise »
Lorsque Isabelle Hermetet évoque ses débuts, elle parle avant tout de curiosité. Diplômée du Master in Management de l’ESSEC, elle garde de ses années d’école de commerce de très bons souvenirs, à la fois intellectuels et humains. À l’époque, le private equity n’est pas encore une voie balisée, ni même réellement identifiée comme un métier à part entière.
« J’aimais la finance pour son côté rationnel. Les chiffres ont la tête dure, ils parlent, et ils obligent à se confronter à la réalité. Mais surtout, je voyais la finance comme une porte d’entrée pour comprendre l’entreprise dans sa globalité. »
Si elle s’oriente naturellement vers la finance d’entreprise, le capital-investissement reste alors confidentiel, presque marginal. Les notions de LBO ou de prise de participation ne sont abordées que de manière ponctuelle dans les cours de corporate finance. Le déclic viendra plus tard, au fil des premières expériences professionnelles.
Banque, international… puis le choix des petites équipes
Isabelle Hermetet débute sa carrière à la Société Générale, d’abord animée par un objectif clair : partir à l’étranger.
« Mon premier moteur à la sortie de l’ESSEC, ce n’était pas la finance, c’était l’envie d’avoir une vraie expérience professionnelle à l’international, notamment aux États-Unis. »
Après un stage en analyse crédit à New York, elle intègre un programme interne qui lui permet d’enchaîner plusieurs expériences, notamment en Allemagne, en M&A et en financement LBO. Cette période constitue une
formation accélérée, à la fois exigeante et structurante, qui lui donne une compréhension fine des mécanismes de transaction, de financement et de création de valeur.
« J’ai découvert à la fois le monde de la transaction et celui des petites équipes. À l’étranger, on est très autonome, très polyvalent. Et j’y ai pris goût. »
Le retour à Paris, dans l’environnement plus structuré — et plus rigide — du siège, agit comme un électrochoc. Habituée à l’autonomie et à la transversalité, elle prend conscience de son appétence pour des structures plus agiles. Elle décide alors de quitter la banque pour rejoindre un fonds de private equity naissant, une structure encore inconnue du grand public.
Le private equity, hier et aujourd’hui
« J’étais la quatrième recrue. Mes parents me disaient que je faisais une erreur en quittant la banque. Mais moi, j’étais convaincue. »
Il y a près de trente ans, le private equity n’a pas l’image qu’on lui connaît aujourd’hui.
« À l’époque, on parlait encore de fonds “vautours”. Les volumes étaient plus faibles, la concurrence limitée, les prix bas. Le deal se faisait surtout à l’entrée. »
Le métier s’est depuis profondément transformé. La professionnalisation du secteur, l’augmentation des capitaux levés et la montée de la concurrence ont modifié en profondeur les leviers de performance.
« Le vrai enjeu maintenant, c’est l’accompagnement. Les prix ont monté, la concurrence est forte. La création de valeur se joue dans la capacité à transformer les entreprises. »
C’est précisément sur ce terrain que Seven2 a construit son ADN, avec une approche très structurée, fondée sur l’analyse sectorielle, la préparation en amont des investissements et un accompagnement opérationnel exigeant.
PME, alignement et création de valeur
Seven2 se concentre sur les PME et ETI, dans le cadre d’opérations de LBO avec des prises de participation principalement majoritaires.
« Nous faisons beaucoup d’opérations primaires, souvent à l’occasion d’une première ouverture du capital. Notre rôle est de professionnaliser les process, de structurer la gouvernance, d’accélérer la trajectoire de croissance tout en la sécurisant. »
Mais au-delà des chiffres et des process, le facteur clé reste humain.
« L’alignement avec le dirigeant est absolument central. Il s’agit de partager une vision commune, tant sur le projet stratégique que sur les moyens à mettre en œuvre. On aide à accélérer, on pousse des initiatives d’amélioration ou de transformation, c’est une dynamique exigeante. Il faut une équipe de management capable de porter le projet et d’embarquer les équipes. »
Cette phase d’alignement commence bien avant l’investissement. Chez Seven2, plusieurs mois de travail peuvent précéder une opération.
« On passe énormément de temps en amont à creuser, pour bien comprendre les enjeux et le potentiel, puis à construire la roadmap stratégique ensemble. C’est pendant cette période décisive que se construit la relation avec le management et que s’établit la confiance, indispensable à la réussite d’un deal. »
Sur une centaine de dossiers analysés chaque année, seuls deux investissements en moyenne sont finalement réalisés, illustrant un niveau de sélectivité très élevé.
Tech et services : un choix assumé
Seven2 a fait le choix de se concentrer sur la tech et les services, avec une spécialisation sur un nombre limité de segments.
« On est meilleurs quand on est focus. Ces secteurs sont adaptés à nos horizons d’investissement et on y trouve des segments qui offrent à la fois croissance et résilience. »
Logiciels B2B, services réglementés, inspection ou certification : le point commun reste la récurrence des revenus, la visibilité des business models et la capacité à transformer les organisations grâce à la digitalisation.
« On cherche des business models solides, avec des opportunités de digitalisation, de scalabilité et de consolidation. »
Cette expertise sectorielle permet aux équipes d’avoir, en amont de l’investissement, une vision claire des leviers de création de valeur, qu’il s’agisse d’amélioration opérationnelle, de croissance externe ou de transformation digitale.
Gouvernance et respect des rôles
Face à l’image parfois interventionniste du private equity, Isabelle Hermetet est claire.
« Nous sommes actionnaires, pas dirigeants. Le management gère l’opérationnel, nous intervenons au niveau stratégique, même si nous apportons aussi du support sur des sujets très opérationnels.»
La clarté de la gouvernance est un élément structurant du partenariat. Si un dirigeant souhaite un actionnaire passif, Seven2 n’est tout simplement pas le bon partenaire.
« Ce n’est ni bien ni mal. Il faut juste que chacun sache dans quelle histoire il s’engage. » La sortie : l’heure de vérité
Après quatre à cinq ans d’accompagnement, vient le moment de la cession, un temps fort du métier.
« C’est une tranche de vie. On s’attache beaucoup aux dirigeants. Mais c’est aussi l’instant où tombe la note finale. »
La préparation commence longtemps à l’avance.
« Avant même la réalisation d’un investissement, on pense à la sortie. Il faut créer les meilleures conditions pour valoriser l’histoire passée, mais surtout celle des cinq années à venir. Donner envie. »
La sortie marque l’instant de vérité pour le fonds : la performance, jusqu’alors théorique, devient réalisée pour les LP. Elle cristallise le travail accompli pendant plusieurs années.
La séparation est toujours teintée d’émotion.
« Il y a de la fierté, et un pincement au cœur. Mais aussi la satisfaction de transmettre une entreprise plus forte, plus pérenne. »
Femmes, leadership et conviction
Sur la question de la place des femmes en finance, Isabelle Hermetet refuse les étiquettes.
« Je ne me vois pas comme une figure féminine. Je suis une figure, point. » Son message est clair : pas d’autocensure.
« C’est un métier très humain, où les femmes ont une vraie carte à jouer. La clé, c’est la confiance en soi. Et le réseau. C’est un métier de conviction. »
Selon elle, la carrière se construit en deux temps : l’expertise technique d’abord, puis rapidement ce sont les soft skills qui font la différence.
« À un moment, il faut convaincre : les investisseurs, les dirigeants, le comité d’investissement. Sans ça, on ne passe pas un cap. »
Un métier indispensable à l’économie
Sur l’avenir du private equity, Isabelle Hermetet se montre confiante.
« Le capital-investissement est devenu un acteur indispensable pour accompagner les transformations des
PME et les aider à répondre aux défis de notre temps : digitalisation, décarbonation, intelligence artificielle. » Plus qu’un simple apport de capitaux, le private equity fournit un accompagnement stratégique et humain.
« On apporte du capital financier, mais aussi du capital intellectuel et de transformation. » Il s’agit en cela d’un rôle clé pour permettre aux PME de grandir, d’innover et de durer.
« Une PME qui ne grandit pas finit par se déclasser. Notre rôle, c’est de l’aider à rêver plus grand — et à y arriver. »