Nouvelles élections en Allemagne : quelle situation, quels enjeux ?
Le contexte Le 27 décembre, le président fédéral, Frank Walter-Steinmeier, a sans surprise annoncé la dissolution du Bundestag et la convocation de nouvelles élections anticipées le 23 février prochain. Cette annonce intervient peu après la défaite du gouvernement actuel, mené par le social-démocrate Olaf Scholz, lors d’un vote de confiance au Bundestag. En effet, après […]
Le contexte
Le 27 décembre, le président fédéral, Frank Walter-Steinmeier, a sans surprise annoncé la dissolution du Bundestag et la convocation de nouvelles élections anticipées le 23 février prochain. Cette annonce intervient peu après la défaite du gouvernement actuel, mené par le social-démocrate Olaf Scholz, lors d’un vote de confiance au Bundestag.
En effet, après des mois de tensions et de compromis ne satisfaisant personne, étant donné le gouffre séparant les partis qui le composent (SPD, Verts, Libéraux), le gouvernement du “feu tricolore” s’est officiellement déchiré en novembre sous la forme de la démission du ministre des Finances d’alors et président du FDP (Parti libéral d’Allemagne) Christian Lindner, et du départ de son parti de la coalition. Par conséquent, la situation étant devenue intenable pour le gouvernement devenu minoritaire, de nouvelles élections s’imposent.
L’état des forces en présence
Si l’on en croit les sondages, les trois partis de l’ancienne coalition ressortiraient décimés du scrutin. En effet, le parti du chancelier, le SPD, obtiendrait à l’heure actuelle entre 15 et 18% des voix, contre près de 26% lors de l’élection de 2021. Si ce résultat venait à se concrétiser, il serait le pire de l’histoire du parti, fondé il y a 150 ans. Les Verts, autrefois destinés à la chancellerie, passeraient de près de 15% à une fourchette située entre 11 et 13%. Quant aux Libéraux, ils s’effondrent à 3-4%, contre 11% lors du scrutin d’il y a trois ans. Cette analyse n’est néanmoins pas surprenante lorsque l’on observe l’impopularité du chancelier Scholz. L’autre parti traditionnel allemand, la CDU/CSU, surfe sur l’impopularité du rival social-démocrate et obtiendrait ainsi autour de 30% des intentions de vote. Si cela place le parti d’Angela Merkel et d’Helmut Kohl largement devant tous ses adversaires, cela est un résultat faible d’un point de vue historique. En effet, cela serait le 5ème plus mauvais score de l’histoire du parti, créé la même année que la République Fédérale. Cependant, cela s’explique parfaitement par la multiplication des partis et de la dispersion des voix qui en résulte ces dernières décennies, même si l’impopularité du candidat à la chancellerie, Friedrich Merz, ancien directeur de Blackrock Allemagne, a un effet négatif sur la campagne des chrétiens-démocrates.
En réalité, si une partie des voix perdues par le feu tricolore se sont tournées vers l’Union, comme cela se fait naturellement à chaque élection dans une logique d’alternance, une proportion inédite de voix semble revenir à des partis considérés comme extrêmes ou radicaux.
En premier lieu, l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), parti classé à l’extrême droite, est régulièrement sondé devant le SPD, aux alentours de 17 à 19%. Initialement fondé en 2013 sur un rejet de l’euro, le parti a rapidement pris un virage vers le rejet de l’immigration et un certain anti-américanisme, à commencer par l’OTAN. Si le mouvement dirigé par Alice Weidel avait vu son total de voix reculer en 2021, avec un peu plus de 10% des voix, après la percée de 2017, celui-ci semble désormais prendre des électeurs à tous les partis traditionnels, et fonde notamment son succès sur des scores très élevés en ex-RDA, dépassant régulièrement les 30% d’intentions de vote. Le soutien affiché du milliardaire Elon Musk au parti a suscité une vague d’indignations en Allemagne, le chancelier sortant y voyant une ingérence inacceptable.
Le successeur du parti unique en Allemagne de l’Est, le Parti de l’unité socialiste allemande (Sozialistisches Einheitspartei Deutschlands), Die Linke, souffre à ce titre de ce nouvel acteur, mais semble être davantage encore mis en difficulté aujourd’hui par la défection d’une de ses anciennes dirigeantes, Sarah Wagenknecht qui, désireuse de porter un discours plus ferme sur l’immigration tout en maintenant des propositions économiques très à gauche, a formé un nouveau mouvement, le BSW (Bündnis Sahra Wagenknecht), portant son nom. Résolument anti-américain, le parti multiplie les promesses sociales et se situe aujourd’hui entre 7 et 10% des intentions de vote. Dans le système de coalitions à l’allemande, le parti pourrait bien faire pencher la balance lorsqu’il s’agira de former le prochain gouvernement.
Les enjeux de cette élection
Au vu des défis auxquels l’Allemagne fait face depuis plusieurs années, il est facile de comprendre que cette élection sera décisive à de nombreux égards quant à la stratégie de l’Allemagne dans le monde. Continuera-t-elle à soutenir l’Ukraine ou cèdera-t-elle aux sirènes nationalistes et anti-OTAN ? Relancera-t-elle le nucléaire sous un gouvernement mené par la droite ? Quelle stratégie de relance économique devant les importantes difficultés économiques de l’industrie ? Enfin, quelle politique en matière d’immigration devant une pression politique de plus en plus forte ? Toutes ces questions dépendront du rapport de force du Bundestag le 23 février prochain au soir, avec une diversité de partis inédite et un poids historiquement faible des mouvements traditionnels.