Les terres rares sont partout. Que vous ayez à côté de vous un téléphone, une éolienne ou une usine, c’est pareil : des terres rares y sont présentes. Notre économie moderne ne peut s’en passer aujourd’hui. Il faut noter que cette omniprésence traduit une réalité : les terres rares ne sont pas rares. Selon l’institut d’études géologiques des États-Unis (USA), les réserves mondiales s’élèveraient à 120 millions de tonnes. En parallèle, l’extraction totale de terres rares en 2021 était de 277 milliers de tonnes (site officiel du Canada).

Les terres rares façonnent une partie de la géopolitique moderne

La Chine a construit sa souveraineté minérale

Les années 1980 sont un tournant dans le secteur des terres rares. Ce sont les États-Unis qui dominent jusque-là le marché de l’extraction des terres rares. L’acteur français Rhône-Poulenc contrôle en 50 % des parts de marché des terres rares séparées (La guerre des terres rares, rapport de 2012).

Toutefois, l’empire du milieu s’ouvre. Rapidement, ses avantages comparatifs amènent à la délocalisation de l’extraction. Partant, l’Empire du Milieu a pu atteindre un monopole dès les années 1990. On parle, en effet, d’un contrôle de plus de 90 % de l’extraction mondiale dans les années 2000. Ce contrôle s’établit en interne et en externe – notamment dans des mines africaines.

A présent, les terres rares sont extraites à 60% par la Chine et 90% des stocks y sont raffinés. La Chine est en situation de quasi-monopole sur le marché, loin devant la deuxième puissance extractrice, les USA – seulement 10 – 12%.

En même temps, la BBC rapporte que le secteur des terres rares ne pèse que 0,1% du PIB chinois. Cela signifie que la Chine contrôle un secteur stratégique qui pèse peu dans son économie. Elle peut alors utiliser cette dépendance comme levier géopolitique sans risquer de fragiliser son propre pays. En plus, elle étend son contrôle sur les terres rares par-delà ses frontières. L’idée est de garder la mainmise sur le secteur.

Un déséquilibre mondial : les terres rares comme levier d’enjeux géopolitiques

Ce déséquilibre rend le monde dépendant de la Chine et écorne leur souveraineté. Le hard power est directement en cause. Par exemple, l’avion militaire américain F-35 demande plus de 400 kg de terres rares (analyse du CSIS, Think Tank americain). Plus largement, l’ensemble des infrastructures militaires et systèmes stratégiques utilisent des terres rares. Dire que la Chine tient la production d’arme entre ses mains est exagérée, néanmoins, sa suprématie en la matière est inquiétante en matière de souveraineté.

D’un autre côté, les terres rares sont des composants fondamentaux des datas centers, des voitures électriques… On parle bien des inventions de demain. Ces inventions façonnent déjà nos quotidiens et les affrontements. Avoir le meilleur ordinateur quantique ou la meilleure IA, c’est gagner la guerre numérique en cours.

Le monde occidental pense le monde sous l’angle du digital, à cause des ordinateurs, de l’IA et des géants de la tech comme les GAFAM. Or, cela n’a peut-être jamais été plus faux. Le monde repose sur un ensemble bien concret qu’est celui des minerais et des infrastructures.

2025 : comment les terres rares révèlent les enjeux géopolitiques

La rivalité sino-trumpienne

La Chine détient une suprématie minérale sur le reste du monde. Alors, pendant la période d’incertitude trumpienne qui s’abat sur le monde, la Chine emploie son « bazooka sur les chaînes d’approvisionnement et la base industrielle de tout le monde libre »(Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor). Le monde entier pâtit de cette mesure, dont les USA au premier chef.

Les États-Unis répondent par plusieurs mesures. Trump parle de 100% de droit de douane additionnel ; les USA imposent 20 mesures restrictives sur la Chine, et ce en seulement 20 jours ; les deux économies poursuivent l’affrontement : ils ont également imposé de nouveaux droits portuaires sur les navires de l’autre. Néanmoins, à la suite d’une rencontre fin octobre entre les deux superpuissances, un deal a été conclu. Le gallium, germanium et antimoine pourront de nouveaux être expédiés aux USA.

Les USA s’arment face à la criticité de cette dépendance

Les récents engagements de défense de Trump en Ukraine ne tiennent pas d’une défense du droit international. Il est question de deal. L’Ukraine est richement doté en minerais, dont des terres rares et les USA en ont besoin. Finalement, le deal est signé par les deux parties le 30 avril 2025. Les minéraux pèsent dans le rapport de force géopolitique.

En parallèle, les USA connaissent une résurgence du secteur des mines de terres rares. L’information, loin d’être anodine, provoque une explosion des indices boursiers. Yahoo finance rapporte que Le VanEck Rare Earth & Strategic Metals ETF (REMX) et le Sprott Critical Materials ETF (SETM) ont bondi de 80% depuis le début d’année. Toutefois, ces performances restent bien en-deçà de l’indice de MP Materials qui a gagné plus de 400% depuis le début d’année. La bourse américaine démontre la criticité du secteur pour l’avenir des USA.

La place de l’UE dans les négociations, à l’image de sa place dans le monde

L’UE semble avoir eu gain de cause auprès de la Chine. La Tribune titre le 6 novembre : l’heure du réchauffement entre L’Europe et la Chine. Le réchauffement porte notamment sur les terres rares. En effet, un « canal spécial » est ouvert pour acheminer ces matériaux. Ce canal affranchit les limitations imposées au monde par la Chine.

Néanmoins, il faut rappeler que la Chine menace les économies occidentales et est une alliée de Vladimir Poutine. En plus, l’UE souffre de la relation toxique entre les USA et la Chine. Par exemple, l’entreprise Nexperia, filiale de la société mère chinoise Wingtech Technologies, est un constructeur de puces. Elle est passée sous le contrôle du gouvernement néerlandais. Cette nationalisation de l’entreprise découlerait d’une pression des autorités américaines. En conséquence, le gouvernement chinois interdit Nexperia d’exporter des produits finis issus de productions chinoises. Or, ces puces sont à la base des modèles de voiture européennes comme BMW. Autrement dit, l’état de l’automobile européen s’aggrave encore.

En somme, l’EU reste un nain sur l’épaule d’un géant. Sa puissance réelle ne parvient pas à se traduire concrètement dans le jeu géopolitique. Même si l’UE gagne par moment, peut-on s’en réjouir compte tenu de qui et comment l’UE pactise ?