Chaque 13 décembre, à 10 heures, Nankin s’emplit du bruit des sirènes. L’ancienne capitale de la Chine républicaine devient, pendant un court instant, un des hauts lieux de la commémoration des crimes de l’Empire du Japon pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Les relations sino-japonaises sont marquées d’une rivalité pour le leadership en Asie orientale. De plus, cette rivalité s’illustre par les alliances respectives nouées par les deux acteurs. Si le Japon se place aux côtés des Etats-Unis, la Chine est viscéralement anti-américaine. Mais ce sont les blessures du passé qui ravivent, entre les deux pays, les tensions les plus fortes.

L’histoire des crimes japonais en Chine

En 1931, le Japon envahit la Mandchourie, région au nord-est de la Chine. L’Empire du Soleil Levant poursuit alors son offensive expansionniste, passée la péninsule de Corée. L’invasion cause même une trêve entre les camps communiste de Mao Zedong et républicain de Jiang Jeshi. Le 7 juillet 1927, l’armée japonaise se set du prétexte d’un accrochage entre ses forces et les forces chinoises aux alentours du pont Marco-Polo pour engager la région dans la Seconde Guerre sino-japonaise. C’est alors que l’armée japonaise se dirige vers la ville de Nankin. Elle y commettra des atrocités sur les populations chinoises en place.

Des centaines de milliers de Chinois sont désarmés puis assassinés. Des dizaines de milliers de femmes et de filles sont violées par les troupes japonaises. Le massacre de Nankin dure jusqu’au mois de janvier 1938. La ville restera cependant un symbole des horreurs perpétrées par le Japon sur le territoire chinois.

De manière similaire, l’établissement de l’Unité 731 en Mandchourie en 1936 est symbolique du comportement japonais en Chine. Y étaient perpétrées des expérimentations sur des civils chinois, dont des études bactériologiques sur des maladies telles que la peste ou le choléra. L’unité cherchait en réalité à développer des armes de guerre bactériologique. Ces deux exemples illustrent bien les crimes commis par les Japonais en Chine. L’Unité 731 sera d’ailleurs par la suite reconnue coupable de crimes contre l’humanité.

La question de la mémoire dans les relations sino-japonaises

Le problème est le suivant : jamais le Japon n’est-il revenu sur les atrocités de l’Empire, en Chine ni ailleurs. L’exemple le plus parlant est celui des dites « femmes de réconfort ». Ces femmes, en Corée et en Chine, ont été forcées à se prostituer auprès des soldats japonais. Or, cet euphémisme est encore largement répandu au Japon. De plus, la nouvelle Première Ministre japonaise, Sanae Takaichi, est connue pour nier les crimes du Japon en Chine et en Corée. Son inspiration de Shinzo Abe, son prédécesseur de 2012 à 2020, a largement ouvert la « fenêtre d’Overton » quant à ce qu’il est possible de dire sur les actes japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale. Sanae Takaichi appartient de fait à une frange révisionniste du spectre politique japonais. Elle niait par exemple le décompte officiel du nombre de civils tués à Nankin, qui est de 300 000 personnes.

La nomination de cette nouvelle Première Ministre n’augure aucun mea culpa de la part du Japon. Un symbole de ce refus japonais est le Sanctuaire Yasukuni. La présence au sanctuaire Yasukuni des noms de quatorze criminels de guerre rend chaque visite controversée. Ces visites sont perçues comme des affronts par les gouvernements chinois et coréens. Pourtant, elles se répètent, tous les ans, notamment pour commémorer le 15 août 1945, date de la capitulation du Japon.

L’instrumentalisation de l’histoire dans une rivalité de puissances

Alors que les relations diplomatiques ont officiellement été rétablies en 1972. Pékin et Tokyo conservent toujours une grande inimitié. La Chine considère l’absence de mea culpa japonais sur la question des crimes de guerre comme un affront. Outre-mer, le Japon voit les velléités chinoises en Mer de Chine et sur l’île de Formose, ainsi que sur les îles Senkaku, comme une menace. C’est dans ce contexte que l’histoire est mobilisée afin de soutenir un côté de l’opposition.

La nouvelle Première Ministre japonaise, proche de Taïwan, semble adopter une ligne dure vis à vis de Pékin. L’offrande rituelle qu’elle aurait envoyée, en octobre, au Sanctuaire Yasukuni, qu’elle a pris l’habitude de visiter, symbolise sa position envers la mémoire des morts des crimes de guerre japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale.