Le 21 décembre dernier, la victoire du Maroc face aux Comores donna le coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). La 35ème édition (2025 -2026) se tient en ce moment même au Maroc. Elle oppose les meilleures sélections nationales du continent. Mais historiquement, en Afrique, le sport, et en particulier le football, est révélateur de fractures politiques et diplomatiques.

Le football en sélection nationale.

« On n’est pas des joueurs, on est des ambassadeurs ». C’est avec ces mots que Rafik Saïfi, attaquant Algérien, décrit son rôle vis-à-vis de son pays à l’occasion des matchs éliminatoires de la Coupe du Monde de 2010. A la toute fin de l’année précédente, il ne restait qu’une place en jeu. Deux équipes y prétendaient, l’Egypte, et l’Algérie. Alors, pour se départager, les Fennecs affronteraient les Pharaons. Mais les tensions éclatèrent au moment du match retard, au Caire. Le bus de l’équipe algérienne fut caillassé, résultant en trois blessures. L’armée fut déployée pour permettre aux visiteurs de se rendre au stade. La fin du match fut interrompue par un envahissement du terrain.

Mais les conséquences de cette rencontre n’étaient pas uniquement sportives. En effet, l’ambassadeur Egyptien en Algérie fut rapatrié peu après le match. La rivalité Egypte – Algérie est symbolique des troubles que peuvent causer le sport dans les relations interétatiques. Deux pays qui partagent pourtant la même langue, la même religion, ont rompu temporairement leurs relations diplomatiques après un incident sportif. Mais ces rivalités irriguent aussi le foot de club.

Les rivalités entre clubs, miroirs des tensions interétatiques.

Le second exemple a lieu en 2024. A l’occasion de la Coupe de la Confédération, l’USM Alger devait recevoir le RS Berkane, un club marocain. Cependant, les joueurs de Berkane sont restés coincés à l’aéroport. La raison ? Le maillot de leur club arbore en son centre une carte du Maroc, annexant la région disputée du Sahara occidental. Depuis 1976 et le départ des Espagnols, le territoire est revendiqué par le Maroc et par le Front Polisario, soutenu par l’Algérie. Il était donc invraisemblable pour la Fédération Algérienne de Football (FAF) de laisser jouer le RS Berkane avec ce maillot. L’incident se prolongea lorsque les joueurs Marocains refusèrent de jouer avec un maillot proposé par la FAF, effaçant la carte du Maroc. C’est finalement l’USM Alger qui remporta le match par forfait.

Ici, ce sont des tensions géopolitiques qui font irruption dans le monde du sport. La rivalité Maroc – Algérie à propose du Sahara occidental est ancienne, et a été exacerbée par la visite de Gérard Larcher en février dernier. Lors du match retour opposant Berkane à Alger, des supporters Marocains ont brandi un tifo de la carte litigieuse du pays.

Quelles conclusions ?

Il n’y a pas qu’en Afrique que les tensions politiques s’illustrent sur le terrain de football. Par exemple, le Salvador et le Honduras connurent un conflit militaire à la suite d’un match qui les opposait. Cependant, c’est sur ce continent que les fractures issues de la colonisation sont les plus béantes. On l’a particulièrement vu au Maghreb. Mais notons qu’& l’échelle du continent, des rivalités existent, par exemple entre anglophones et francophones. Celles-ci peuvent s’illustrer dans l’attribution des sièges à la Confédération Africaine de Football (CAF). Cette année, la CAN n’a pas connu de débordements. Mais les demies finales du 14 janvier pourraient voir s’affronter le Maroc et l’Algérie. L’Algérie pourrait également affronter l’Egypte en finale. Ces pays aux rivalités anciennes pourraient alors raviver la flamme de leurs désaccords, une fois de plus, autour du ballon rond.