Le 20 février dernier, le président argentin Javier Milei offrait une tronçonneuse à Elon Musk en référence à sa politique de la « motosierra » (tronçonneuse en espagnol). Cette politique mise en place par Milei dès son arrivée au pouvoir en décembre 2023 vise à démanteler l’appareil étatique argentin. En un peu plus d’un an, 250 services ont été fermés et 40000 fonctionnaires ont été licenciés ce qui inspire Elon Musk.

Dès le premier jour du second mandat de Donald Trump, le 20 janvier 2025, le département de l’efficacité gouvernementale (en anglais « Department of Government Efficiency », abrégé en DOGE) est lancé, avec comme objectif de réduire les dépenses fédérales, la taille du gouvernement et le déficit budgétaire. Le 45e et 47e président des États-Unis nomme à sa tête, l’entrepreneur multimilliardaire, Elon Musk pour mener à bien ce projet. Néanmoins, depuis sa nomination à la tête de ce nouveau service, le propriétaire de X (ex Twitter) et de SpaceX (entre autres) fait l’objet de nombreuses critiques notamment en raison de multiples conflits d’intérêts. L’administration Trump reste également très floue sur le véritable administrateur du DOGE depuis le lancement d’une procédure judiciaire lancée par 14 procureurs d’État au sujet de l’autorité conférée à Musk « sans les autorisations légales requises de la part du Congrès » et d’un questionnement exprimé par la juge sur la constitutionnalité de son rôle. Les voix qui s’élèvent contre le DOGE viennent aussi de l’international notamment depuis la fermeture de l’USAID – l’Agence des Etats-Unis pour le développement international. En effet, ses financement, alloués dans 158 pays, représentaient près du tiers de l’aide mondiale en 2024.

Depuis la création du DOGE, l’équipe d’Elon Musk, composée presque entièrement de dirigeants de la tech ou de la finance, a déjà entrepris de démanteler l’USAID, et pourrait bientôt s’attaquer au ministère fédéral de l’éducation notamment depuis la signature du décret par Donald Trump de la suppression de celui-ci. Le service a récemment obtenu l’accès à des données sensibles du système de paiement du ministère des Finances. Cette décision, bien que critiquée par plusieurs élus démocrates au nom de la sécurité nationale, a été validée par la juge fédérale de Washington, Tanya S. Chutkan. Elon Musk a ainsi toutes les cartes en main pour pouvoir mener à bien la purge demandée par Donald Trump.

Cette purge devra être importante puisque Elon Musk veut réduire le budget fédéral de près de 2000 milliards d’euros, soit environ 30% des dépenses publiques. Pour ce faire, Musk a commencé en licenciant tous les fonctionnaires du bureau de l’USAID, en suspendant des employés du ministère de l’Éducation ayant suivi des formations sur la diversité que leurs supérieurs leur avaient recommandées et en signifiant aux collaborateurs de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) qu’ils pourraient être licenciés à tout moment. Cette purge touche même les services de sécurité. Certains agents du FBI ayant travaillé sur les enquêtes contre les émeutiers du Capitole sont eux aussi menacés de licenciement.

Le DOGE est ainsi perçu comme une menace par une partie de la population puisqu’elle sert le seul intérêt du gouvernement Trump. Ces coupes budgétaires sont parfois plus politiques qu’économiques. Surtout que le patron officieux de ce service est vu comme illégitime puisqu’il n’a pas été élu et qu’il détient entre ses mains un pouvoir démesuré. Certains partisans de ce nouveau département commencent aussi à voir d’un mauvais œil les actions entreprises. Pour le magazine libéral The Economist, Musk a plutôt détruit l’État fédéral que réformé. Il estime que les actions du DOGE « semblent avoir été pensées non pas pour rendre l’administration plus efficace, mais pour accroître le pouvoir du président » et s’attaquer à toute « pensée dissidente ».

Elon Musk n’hésite pas non plus à utiliser le DOGE pour servir ses propres intérêts, c’est ce qu’affirme notamment Le Monde. Dernier exemple en date : le licenciement de trois membres du conseil d’administration du National Labor Relations Board, paralysant ainsi l’agence faute de quorum. Une décision loin d’être anodine, puisque cet organisme, chargé de protéger le droit syndical, avait précédemment ouvert plusieurs enquêtes contre Tesla et SpaceX pour pratiques antisyndicales. Cette position de force donne même au Time l’idée d’asseoir Musk au Resolute desk, le bureau du président des Etats-Unis, sur sa page de couverture. Pour l’hebdomadaire américain, « Aucun simple citoyen […] n’a exercé un tel pouvoir sur la machinerie étatique aux États-Unis. Jusqu’ici, Musk semble n’avoir de compte à rendre à personne hormis au président Trump, qui a laissé les mains libres au mécène de sa campagne pour redessiner l’État fédéral conformément à ses priorités ».

Ainsi, Elon Musk utilise la « motosierra » pour mener à bien le projet promis par Donald Trump lors de sa campagne mais aussi pour servir ses intérêts propres. Les attaques nombreuses envers des institutions qui ont ouvert des enquêtes sur les entreprises du milliardaire interrogent quant à la volonté de Musk de servir les intérêts des citoyens américains avant ses propres intérêts. La question est maintenant de savoir jusqu’où va-t-il aller dans la destruction du système fédéral. The Economist reste assez pessimiste quant à l’issue puisque sa théorie la plus probable est que le DOGE s’enlise « dans les tribunaux, que de nombreux fonctionnaires compétents [soient] licenciés ou démissionnent […] et que l’Amérique se retrouve avec un président plus fort et un Congrès plus faible ».

Oscar Pierart

Références :

https://elpais.com/argentina/2025-02-02/la-motosierra-de-milei-que-inspira-a-musk.html?event_log=oklogin
https://www.nytimes.com/2025/02/03/opinion/trump-musk-iraq-takeover.html
https://www.courrierinternational.com/une/une-du-jour-elon-musk-va-t-il-detruire-le-gouvernement-americain_229291
https://time.com/7213409/elon-musk-us-government-trump