Guerre commerciale, 51ème Etat : du départ de Trudeau aux menaces de Trump, un scrutin canadien aux enjeux existentiels
Le contexte : la démission de Justin Trudeau Officialisée au pied de la résidence officielle du Premier ministre le 6 janvier, la démission de Justin Trudeau avait fini par apparaître comme une évidence. Les dissensions internes du Parti libéral, combinées aux difficultés sociales du pays, avaient rendu son maintien au pouvoir impossible. Celui qui a […]
Le contexte : la démission de Justin Trudeau
Officialisée au pied de la résidence officielle du Premier ministre le 6 janvier, la démission de Justin Trudeau avait fini par apparaître comme une évidence. Les dissensions internes du Parti libéral, combinées aux difficultés sociales du pays, avaient rendu son maintien au pouvoir impossible. Celui qui a tenu les rênes du gouvernement à Ottawa pendant plus de huit ans devait désormais se retirer.
Ainsi, la suite des événements semblait toute tracée. Le Parlement ayant été prorogé dans l’attente de la désignation d’un nouveau chef prévue en mars, le natif de Montréal se consacrait à la gestion des affaires courantes. Pendant ce temps, les sondages d’opinion annonçaient des élections favorables aux conservateurs décomplexés de Pierre Poilievre, tandis que le gouvernement sortant risquait une sévère défaite.
Le tournant décisif de l’offensive Trump
C’était sans compter le retour au pouvoir de Donald Trump à la Maison-Blanche. Non content de réitérer son souhait de voir le voisin nord-américain s’aligner davantage sur la première puissance mondiale, il a menacé Ottawa de tarifs douaniers de 25 %.
Cette décision, motivée par divers prétextes — notamment les flux migratoires à la frontière et le rôle du Canada dans l’importation du fentanyl, produit addictif à l’origine d’une crise sanitaire outre-Atlantique —, a déclenché une vague d’incompréhension et de colère. Ce sursaut a réveillé un patriotisme longtemps endormi au sein de l’ancienne colonie britannique, symbolisé par le retrait des produits américains des supermarchés et les huées qui accompagnaient désormais le Star-Spangled Banner lors des matchs de hockey.
Dans ce nouveau contexte géopolitique, les libéraux au pouvoir semblent actuellement regagner du terrain. Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre, favori de la course à la chefferie, met en avant son expérience des crises de 2008 et du Brexit. Il cherche ainsi à convaincre les Canadiens qu’il est le mieux placé pour faire face à la nouvelle administration américaine.
Malgré le sursaut, des défis innombrables à surmonter
Cependant, bien qu’Ottawa ait amorcé une réponse aux offensives verbales et commerciales de Washington, le gouvernement devra trouver la stratégie adéquate pour tenir tête à un pays dont la population et l’économie sont dix fois supérieures. Cette tâche se complique en raison des fractures et des divergences d’intérêts flagrantes au sein de la fédération. La Première ministre de l’Alberta, province pétrolière, s’est ainsi rendue de son propre chef à Mar-a-Lago pour négocier avec le milliardaire de 78 ans une exemption des tarifs sur les ressources énergétiques. Pendant ce temps, Doug Ford adopte une posture offensive et unitaire en Ontario, tandis que le Québec, fermement opposé à tout nouveau projet d’énergie fossile, défend ses intérêts particuliers.
Quel que soit le futur chef du gouvernement, il devra s’atteler à présenter un front uni lors des négociations à venir, tout en œuvrant à réduire la dépendance économique du Canada envers son principal partenaire commercial. S’il parvient à relever ce défi, il pourra offrir au pays un véritable récit national. Divisé par la langue et l’immensité de son territoire, le Canada cherche encore à forger une identité commune.
Charles RAT