Compétitivité : la France joue-t-elle son avenir sur les bancs de l’école ?
Le 12 septembre 2025, l’agence de notation Fitch a acté le déclassement de la France, l’évinçant du cercle des pays notés « AA ». Si cette sanction accable une gestion budgétaire sous tension, elle souligne surtout une érosion de notre croissance potentielle. Entre dette abyssale et décrochage technologique face aux blocs américain et chinois, l’économie française vacille. […]
Le 12 septembre 2025, l’agence de notation Fitch a acté le déclassement de la France, l’évinçant du cercle des pays notés « AA ». Si cette sanction accable une gestion budgétaire sous tension, elle souligne surtout une érosion de notre croissance potentielle. Entre dette abyssale et décrochage technologique face aux blocs américain et chinois, l’économie française vacille. Pourtant, une solution structurelle semble délaissée au profit de l’urgence comptable : l’investissement massif dans le capital humain.
Le coût de l’inaction
Depuis les années 1980, le modèle éducatif français a peu évolué dans sa structure mais a nettement perdu en performance relativement aux autres pays de l’OCDE. Le dernier rapport PISA est toujours alarmant. L’école française est moins performante que la moyenne de l’OCDE. La France se classe en effet 23ème en capacités de lecture et 28ème en mathématiques. Plus précisément, la dégradation s’est faite dans le temps. Les résultats des élèves d’aujourd’hui sont nettement moins bons que ceux d’hier. En CM2, le niveau médian de 1987 n’est atteint que par 7% des élèves français de 2017. En outre, si les politiques publiques ont mis l’accent sur une progression extensive du système scolaire (augmentation du nombre de scolarisés à tous les niveaux), le système éducatif français a perdu sur le plan intensif (performance des élèves).
À titre d’exemple, 36% des titulaires du baccalauréat ont un niveau de lecture de base selon l’OCDE (niveau 1), c’est-à-dire qu’ils sont incapables de comprendre un texte complexe contenant des informations parasites. Sans établir de causalités entre le relatif déclin économique que connaît la France depuis l’entrée en mondialisation et la baisse du niveau scolaire, il a été largement démontré que l’éducation représente pour la France un manque à gagner en matière de croissance économique.
Le pari du temps long
C’est que les bienfaits des investissements dans l’éducation sont multiples. Empiriquement, il est important de noter que l’augmentation en capital humain a été responsable de trois quarts des gains de productivité effectifs en France entre 1987 et 2018. L’éducation est un puissant réducteur du chômage par exemple et elle permet la réduction significative des inégalités. Selon l’Insee, le taux de chômage chez les non diplômés frôle les 14% contre moins de 5% pour les diplômés du supérieur. Il est aussi vrai que les personnes ayant fait le plus d’études ont des salaires plus élevés que les autres. De fait, un diplômé de Master gagne en moyenne deux fois mieux sa vie qu’un bachelier.
Toutefois, certains investissements seraient plus efficaces que les autres. En effet, la position de la France en matière d’éducation est particulière. La France se trouve à la frontière de l’innovation et a donc besoin d’une élite innovante pour concurrencer les États-Unis et la Chine en la matière. C’est donc plus particulièrement dans l’éducation supérieure que les investissements seraient les plus intéressants pour l’économie française. De même, les salaires les plus élevés étant ceux obtenus dans des métiers à hautes compétences scientifiques, il serait intéressant de pousser les jeunes filles à s’orienter, comme une bonne partie des garçons, vers des études scientifiques afin d’augmenter généralement le niveau de salaire moyen des Français.
Plus globalement, l’OCDE affirmait en 2024 qu’une augmentation du score PISA de la France pour rejoindre le niveau moyen de l’OCDE engendrerait une croissance de 2,7 % de la productivité. L’enjeu est de former une élite de masse capable de concurrencer les faibles coûts du travail dans les pays émergents par une forte valeur ajoutée.
Un sursaut récent ?
Si la progression du budget pour la recherche et l’innovation ne cesse de baisser à mesure que les priorités sont données à d’autres secteurs (sécurité, attractivité), des progrès ont été faits en matière d’éducation primaire. Les budgets ont augmenté de 11% depuis 2017 et des améliorations pédagogiques ont été remarquées notamment grâce au dédoublement des classes de CP en zone d’éducation prioritaire. Par ailleurs, la Direction Générale du Trésor affirmait dans son dernier rapport sur l’éducation et son financement que ces politiques sont à long terme neutres financièrement car les recettes fiscales engendrées par des salaires futurs plus importants des élèves concernés compenseraient les dépenses faites aujourd’hui. L’éducation et son financement sont donc un choix de société crucial. Néanmoins, les politiques lui tournent souvent le dos à cause du long délai avant le moindre retour sur investissement (15 ans minimum). Pourtant, ce changement structurel pourrait être une bien meilleure solution que la précipitation comptable.