Interview de Cédric Prieto, ambassadeur de France au Honduras : « Vers un partenariat durable entre nos deux pays »
Au cours d’une cérémonie officielle à Tegucigalpa mercredi 19 mars, la France avait remis au ministre des Affaires Étrangères du Honduras M.Reina 133 artefacts (céramiques, pointes de flèches en obsidienne) détenus depuis les années 1980 par la France. Une étape franchie vers une collaboration approfondie entre les deux pays. Depuis quand la France travaille-t-elle à […]
Au cours d’une cérémonie officielle à Tegucigalpa mercredi 19 mars, la France avait remis au ministre des Affaires Étrangères du Honduras M.Reina 133 artefacts (céramiques, pointes de flèches en obsidienne) détenus depuis les années 1980 par la France. Une étape franchie vers une collaboration approfondie entre les deux pays.
Depuis quand la France travaille-t-elle à la restitution de d’objets archéologiques avec le Honduras?
La France œuvre depuis un an et demi à la restitution de ces 133 objets archéologiques honduriens, des céramiques, des statues et pointes de flèches mésoaméricaines datant entre 600 et 1000. L’initiative vient de l’Institut Hondurien d’Anthropologie et d’Histoire (IHAH) qui a investigué les réserves du musée. Je n’ai moi-même été informé de cette initiative qu’il y a 3 semaines.
Ces objets, conservés initialement au Musée de l’Homme puis au Musée du Quai Branly depuis une cinquantaine d’années, ont été rapportés en France après des fouilles menées dans les années 1980 par l’archéologue Claude-François Baudez. Pour assurer une restitution optimale, le musée a pris en charge l’assurance et le transport.
Quelle valeur mémorielle revêtent ces objets pour le peuple hondurien ?
Aujourd’hui la population hondurienne n’est que peu consciente de son passé. Dans le parcours éducatif, on apprend surtout l’Histoire depuis l’indépendance du pays en 1821. Cet écart se traduit dans la recherche publique : l’étude des civilisations mésoaméricaines, dont datent ces objets, souffre d’un manque de moyens évidents et des centaines de sites attendent toujours d’être explorés.
Et tout cela malgré l’effort des communautés héritières de faire reconnaître cette partie de l’histoire du pays. C’est un phénomène qui touche de la même manière ses voisins du Salvador et du Guatemala.
Si cette cérémonie de restitution était un moment très important pour ces minorités dans ce combat de récupération de leur Histoire, elle apporte aussi des décisions concrètes : le financement d’un programme de fouilles et la construction d’un musée de l’archéologie financé en partie par la France au sud du pays pour entreposer les objets archéologiques et développer la mémoire nationale.
Pensez-vous que dans le futur, cet acte de réparation de la mémoire historique puisse améliorer les relations entre la France et le Honduras ?
Oui, certainement. Cet acte s’inscrit dans une dynamique d’amélioration des relations franco-honduriennes. Le français est désormais enseigné en option dans les écoles publiques, renforçant le soft-power français dans une région marquée par l’influence chinoise et russe. La France jouit d’une image positive, associée aux idéaux révolutionnaires et sans passif conflictuel avec le Honduras.
Ce rapprochement s’accompagne d’engagements concrets : soutien à la sécurité alimentaire avec des repas scolaires, protection de la deuxième plus grande barrière de corail et appui aux femmes via un meilleur accès à la justice et aux microcrédits. Ces initiatives illustrent un partenariat durable fondé sur la coopération culturelle et sociale.