Comment fonctionne un ordre (Article 2)
Derrière chaque ordre de marché, il y a une mécanique millimétrée : Sales, Structurers, Traders, Quants, Middle et Back Office orchestrent une chaîne invisible où le risque est évalué seconde par seconde. Voici comment un ordre naît vraiment.
I. Introduction : de la demande à l’exécution
« En salle de marché, tout est calculé. Même le hasard. »
Derrière un simple clic ou un coup de fil, se cache une chaîne complexe de validation, de pricing et de gestion du risque.
Comme nous l’avons vu dans un précédent article, en salle de marché, la stratégie ne consiste pas à payer des traders pour qu’ils choisissent une position en espérant que l’évolution du cours aille dans le sens souhaité. Au contraire, chaque risque est mesuré, calculé et anticipé afin d’assurer un rendement constant au sein de la salle.
Ainsi, il est légitime de se demander comment un ordre fonctionne réellement : d’où part-il et comment se concrétise-t-il ? C’est ce que nous allons voir dans cet article.
1. Le point de départ : l’identification du besoin
Tout commence du côté du Sales.
Un client – qu’il s’agisse d’un acteur institutionnel (fonds de pension, compagnie d’assurance, fonds mutuel, hedge fund, etc.), d’une entreprise, d’une autre banque ou même d’un client privé – vient le consulter avec un objectif précis : se couvrir contre un risque (taux de change, matières premières, actions) ou prendre position via un produit dérivé.
À ce stade, les équipes Sales doivent cerner le besoin du client : s’agit-il d’une couverture, d’une exposition au marché, d’une recherche de rendement ou d’une gestion de risque ? Leur rôle est alors de proposer une solution adaptée, en tenant compte à la fois des contraintes de marché et des spécificités du client.
Une fois le besoin clarifié, le Sales transmet l’ordre aux équipes de Trading et de Structuring, qui vont travailler ensemble pour le matérialiser.
C’est à cette étape que naît l’ordre potentiel : le client exprime une intention, et la banque la traduit en produit financier concret.
2. Le pricing et la conception du produit
a. Le rôle du Structurer : concevoir la solution
Son rôle est d’imaginer la structure exacte du produit qui répondra au besoin du client.
Par exemple, si un fonds veut se protéger d’une baisse du CAC 40 tout en conservant un rendement minimal, le structurer va combiner plusieurs instruments : options de vente, obligations à coupon fixe, voire produits exotiques (barrières, autocallables…).
Chaque paramètre (maturité, barrière, sous-jacent, levier, fréquence de paiement) est calibré selon : le profil de risque du client, les contraintes de marché (taux, volatilité, liquidité). Une fois la structure validée, le projet passe au trader.
b. Le rôle du Trader : donner un prix au risque
Le Trader entre alors en scène pour déterminer le prix juste du produit.
Son objectif n’est pas seulement de “fixer un prix”, mais d’évaluer le risque que la banque prend en le vendant.
Pour cela, il s’appuie sur plusieurs éléments comme les modèles de pricing qui calculent la valeur théorique du produit, ainsi que les paramètres de marché en temps réel tout comme le fait le structurer.
Sans oublier les coûts de couverture, car une fois la vente réalisée, il devra neutraliser le risque associé à ce produit sur le marché.
Enfin vient la partie où la banque fait de l’argent, le trader estime la marge que la banque doit facturer : assez pour couvrir le risque et dégager un profit, mais pas trop pour rester compétitif.
C. Le rôle du Quant : L’ombre de la salle
Dans la grande majorité des cas Quant n’intervient pas directement sur chaque transaction (sauf Desk Quant)*, cependant le Quant est une pièce maitresse de cet environnement. Sa mission est claire donner aux structurer et aux traders les outils pour prendre leur décision. Ils doivent simuler l’évolution des sous-jacents à l’aide de processus stochastiques, calculer les Greeks (delta, gamma, vega, rho…) pour quantifier les risques, développer des algorithmes rapides capables de donner un prix quasi instantané à des produits parfois extrêmement complexes. En bref ils sont l’arme secrète dans les mains des traders.
Dans certaines banques, les Quants travaillent directement au sein du desk (on parle de desk Quants ou Quant Trader) afin d’ajuster les modèles aux conditions de marché en temps réel.
Sans eux, il serait impossible pour un trader d’évaluer correctement un produit dérivé en quelques secondes.
3. L’accord commercial : la naissance de l’ordre
Une fois la structure finalisée, le pricing validé et le risque estimé, le Sales présente le prix au client.
Ce dernier peut négocier certains paramètres (maturité, sous-jacent, niveau de protection…).
Lorsque le client accepte la proposition, un ordre formel est créé et transmis à la salle pour exécution.
À partir de ce moment, la banque est engagée : elle doit honorer la transaction et gérer le risque associé.
4. Intervention du Middle et Back Office
Une fois l’accord commercial validé, l’ordre est transmis pour exécution.
Le Trader envoie les instructions via les plateformes électroniques internes ou directement sur le marché, où les contreparties sont identifiées et la transaction enregistrée.
Le Middle Office intervient ensuite pour vérifier les détails (prix, quantité, échéance, sous-jacent) et confirmer la conformité de l’opération.
Enfin, le Back Office s’assure du règlement/livraison et de la bonne comptabilisation de la transaction.
Chaque étape est contrôlée pour éviter toute erreur, car un simple écart de paramètre peut coûter des millions à la banque.
Ce processus est ultra important à comprendre pour bien assimiler le fonctionnement de cette industrie. Tout comme les principes de pricing qui feront l’objet d’un autre article sur Onoris.