Du franc-tireur médiatique à l’architecte stratégique: comment Sixtine Moullé-Berteaux a construit Le Surligneur?
À dix-sept ans, au cours d’un débat en cours d’économie au lycée, Sixtine Moullé-Berteaux découvre à quel point les idées peuvent diviser. Autour d’elle, les discussions s’enveniment, les opinions se braquent. « Je me suis dit que ce n’était pas sain, dit-t-elle. En démocratie, on doit pouvoir échanger sans se détester. » De cette intuition adolescente naît Le Crayon, média dont le mot d’ordre est « réunir », devenu en quelques années un acteur à part de l’écosystème médiatique français.
Tout commence dans un petit appartement, avec un iPhone et beaucoup d’audace. Le concept : confronter les points de vue, inviter des personnalités de tous horizons, opinions, religions et idées à débattre sans filtre, et surtout, réconcilier une génération désabusée avec l’information et la politique. Elle fonde le média avec son frère et deux amis proches ; « une des meilleures décisions que j’ai prises », confie-t-elle, misant sur la confiance absolue, la complicité et une alchimie qui se ressent jusque dans l’équipe aujourd’hui. Désormais, Le Crayon réunit 36 collaborateurs et s’impose comme un espace de débat libre et pluraliste, où les idées s’affrontent sans que les esprits ne se ferment. Mais Sixtine ne s’est pas arrêtée là. De cette aventure médiatique est née une branche à part entière, plus stratégique, plus tournée vers les entreprises : Le Surligneur.
« Le Surligneur, c’est notre laboratoire de visibilité », résume Sixtine. Rattaché au Crayon, ce pôle s’occupe du personal branding, des relations presse, des campagnes d’influence et de la stratégie de contenu pour entrepreneurs et grands groupes. L’idée est simple : appliquer à d’autres ce que l’équipe a testé et perfectionné sur elle-même. « Avant d’accompagner des boîtes, on a tout expérimenté sur nous, explique-t-elle. On sait ce qui marche, comment fédérer une communauté et surtout comment créer de la crédibilité quand on part de rien. » Cette approche empirique fait la force du Surligneur, qui revendique près de 350 clients accompagnés depuis sa création, dont 100 à 150 actifs aujourd’hui.
Le service s’adresse aussi bien à de jeunes startups qu’à des entreprises installées depuis vingt ans. Certaines font appel à eux après une levée de fonds, d’autres cherchent à redynamiser leur communication. Le fil rouge : aider les dirigeants à construire une image crédible, cohérente et authentique pour répondre à leurs objectifs de vente, de croissance et de visibilité. Les grands groupes, eux, trouvent dans le Surligneur un moyen de parler aux jeunes générations. « Des marques comme BNP cherchent à parler aux plus jeunes générations qui préfèrent se tourner vers des banques comme Revolut » remarque Sixtine.
Concrètement, les entreprises qui font appel au Surligneur cherchent avant tout à booster leurs ventes, accroître leur notoriété ou promouvoir leurs activités. Certaines veulent renforcer leur image de marque, d’autres attirer de nouveaux clients ou consolider la confiance de leurs partenaires. « Notre rôle, c’est de traduire leurs ambitions en stratégie de visibilité », explique Sixtine. Pas de modèles figés ni de plans copiés-collés : chaque accompagnement est pensé sur mesure. L’équipe compte aujourd’hui 18 personnes : experts en relations presse, spécialistes LinkedIn, monteurs, créateurs de contenu. « Trouver, garder et former les bons profils prend du temps, confie Sixtine. On privilégie la qualité, mais aussi la vitesse d’exécution. » Une exigence qui, parfois, les rattrape : « On a créé notre propre problème en allant trop vite ! On a connu des périodes de d’abondance où il a fallu décaler certains projets. »
Ce qui distingue Le Surligneur, c’est aussi sa crédibilité précoce. Comment s’imposer dans un secteur souvent dominé par des agences installées, comme Publicis ou Havas, quand on n’a même pas trente ans ? Sixtine répond sans hésiter : « Notre meilleure carte de visite, c’est notre propre parcours. On a bâti Le Crayon de zéro, on sait ce que c’est que de tout construire soi-même. »

Cette légitimité, Le Surligneur la cultive aussi dans sa façon d’aborder la communication. Sixtine évoque Publicis et Havas, non pas comme des concurrents, mais comme des acteurs complémentaires. « Ce sont des groupes immenses, respectés, avec une approche plus institutionnelle, tournée vers des codes classiques de communication, explique-t-elle. Nous, on travaille différemment : notre force, c’est d’avoir grandi dans les réseaux sociaux, de comprendre les nouvelles générations et leurs langages. »
Elle se définit volontiers comme une « grande gueule », mais nuance : « Avec le temps, j’ai appris à capitaliser sur mes forces. Trouver sa place, ça ne se décrète pas, ça se forge. » Son charisme, son franc-parler et sa capacité à fédérer font aujourd’hui partie intégrante de la marque.
Le Surligneur a aussi cette particularité de parler à tous : freelances, jeunes entrepreneurs, grands dirigeants. Mais Sixtine le martèle : « Un bon entrepreneur, c’est quelqu’un qui sait déléguer. » Beaucoup, dit-elle, s’épuisent à vouloir tout faire seuls, au risque de ne jamais décoller.
Quand on lui demande de noter la France pour sa capacité à encourager l’entrepreneuriat, Sixtine répond avec nuance : « C’est un pays où il est facile de créer, mais difficile de rester. » Le système, explique-t-elle, est propice aux levées de fonds, mais lourd dès qu’il s’agit d’embaucher. « Employer coûte cher, fiscalement c’est complexe, et parfois mal perçu. »
Son conseil : miser sur le collectif. Participer à des événements, rejoindre des communautés, ne pas rester isolé. « L’entrepreneuriat n’a jamais été un sport solitaire. Les bonnes idées naissent de la rencontre, du partage. »
Pour Sixtine, la réussite du Surligneur se mesure avant tout par l’impact réel pour les entrepreneurs et les entreprises qu’elle accompagne. Son ambition est claire : offrir un service capable de rendre visible ceux qui construisent, et de transformer cette visibilité en opportunités concrètes. « Notre objectif, c’est que chaque stratégie, chaque campagne permette d’attirer de nouveaux clients, de renforcer la crédibilité d’une marque ou d’ouvrir des portes jusque-là fermées », explique-t-elle.
Le Surligneur repose sur une approche sur mesure et humaine. Chaque projet est un partenariat : l’équipe analyse les besoins du client, définit la meilleure stratégie de contenu, crée des messages adaptés à chaque canal et accompagne jusqu’à la mise en ligne et le suivi des retombées. « Nous ne faisons pas de modèles universels, précise Sixtine. Chaque entrepreneur a son histoire, ses objectifs, ses publics. Notre travail, c’est de traduire ça en communication efficace et visible. »
Avec Le Crayon, Sixtine a appris à construire un média à partir de rien. Avec le Surligneur, elle transpose cette expérience au monde de l’entreprise : mettre en lumière ceux qui osent prendre la parole, les accompagner dans la création de leur image et transformer cette visibilité en opportunités concrètes et durables.
Une interview signée Noa Chevalier & Briac Taillandier.