Interview d’Angélique Vilotic : récit d’une carrière au sein des Finances Publiques
Angélique Vilotic, inspectrice des finances publiques au sein du Département comptable ministériel du Ministère de la Transition écologique, revient sur un parcours.
1. Quel type de lycéenne étiez-vous et quelles étaient vos matières de prédilection ?
Je n’étais pas dans le haut du panier dans les matières scientifiques. J’étais plutôt du genre à ne vraiment travailler que les matières qui m’intéressaient. J’en mesure aujourd’hui l’erreur.
Mais mes passions pour l’histoire, la géographie, les sciences sociales, les langues et l’économie ont contribué à valider avec mention tous mes diplômes.
2. Pourquoi avoir choisi de faire des études de droit, et plus particulièrement de droit public ?
J’ai réalisé mon stage d’observation de 3ème (collège) dans un cabinet d’avocat parisien et j’étais animé par une soif de justice, sans trop savoir d’où elle venait. C’est naturellement que je me suis orientée vers une faculté de droit.
La spécialisation en droit public était une possibilité ouverte dès la troisième année de licence. Le fonctionnement de l’Etat, des institutions, des services publics, des collectivités locales, de l’Union européenne ont attiré mon attention, j’ai décidé de saisir cette opportunité de spécialisation rapidement.
3. Qu’est-ce qui vous a conduite à vous spécialiser ensuite dans la gestion et les finances publiques à la Sorbonne ?
J’ai découvert l’univers des finances publiques et la gestion publique en deuxième année de licence de droit. Je me suis rapidement interrogée sur le système de financement des politiques publiques, sur les dépenses publiques, sur la commande publique, sur la maîtrise des risques dans toute la chaîne financière de l’Etat et des collectivités locales. Mon stage de fin d’études à la Direction spécialisée des finances publiques pour l’étranger et au Département de contrôle budgétaire rattachée au Ministère de l’Europe et des affaires étrangères a confirmé ma volonté de poursuivre dans cette voie.
4. Y a-t-il eu une personne, un événement ou une lecture qui a influencé votre orientation à ce moment-là ?
Un professeur m’avait conseillé un manuel (que je conseille à mon tour) ô combien intéressant : Les finances publiques et les impôts de la France, publié en 1953 écrit par le doyen Louis Trotabas. J’ai ressenti le besoin d’explorer cette vaste matière qui touche tous les moments de la vie (naissance, vie, mort), toutes les catégories de personnes (personnes physiques et personnes morales, Etat, collectivités, entreprises etc.). C’est pourquoi j’ai d’abord effectué ma première année de master en Droit fiscal, et ma deuxième année de master en Finances et gestion publiques.
5. Vous avez intégré rapidement la fonction publique et la Direction générale des Finances publiques. Pourquoi ce choix ?
J’ai intégré la fonction publique par voie de concours en sortie d’études supérieures. Celui du concours d’Inspecteur des finances publiques (DGFiP), et cela, pour plusieurs raisons.
Il m’a paru naturel de me diriger vers les concours de la fonction publique car une partie de mes cours en master comprenait une préparation aux concours (tels que le concours de magistrat financier, le concours d’inspecteur des finances publiques ou bien le concours d’attaché d’administration) et je n’aspirais pas, en sortie d’études, à l’avocature.
La DGFiP est une très grande maison qui compte près de 100 000 agents sur tout le territoire (en métropole comme dans nos collectivités ultra-marines). En cela, elle offre des opportunités géographiques qui ne sont, à mon avis, pas comparables. Surtout, la diversité de ses missions et des postes participe selon moi à son attractivité. Maintenant que j’y évolue, je me sens pleinement à ma place et je suis fière de faire partie de cette maison.
6. Vous évoluez aujourd’hui au sein du Ministère de la Transition écologique. Comment se traduit concrètement le lien entre finances publiques et enjeux environnementaux dans vos fonctions ?
Ma fonction actuelle est Responsable du service Maîtrise des risques au sein du Département comptable ministériel (DCM). Ce département fait partie du Service du contrôle budgétaire et comptable ministériel (CBCM), nous avons donc toujours « la casquette de Bercy » au Ministère de la transition écologique puisque le service dans lequel j’évolue est rattaché au Ministère de budget et des comptes publics. Chaque ministère a un CBCM, c’est-à-dire un comptable qui (globalement) se chargera de contrôler et payer les dépenses que le Ministère engage.
Finalement, mes fonctions s’inscrivent pleinement dans les missions de contrôle comptable en matière de politiques publiques rattachées à ce grand ministère (cela peut comprendre également les transports, la biodiversité, l’énergie, la prévention des risques majeurs etc.).
7. Si vous deviez résumer votre expérience dans la fonction publique en trois mots : lesquels choisiriez-vous ?
→ Engagement, transparence, service.
Travailler pour l’Etat, mais plus généralement dans un service public, nécessite un engagement clair et constant à chaque instant.
Cet engagement doit être transparent : envers ceux pour lesquels la mission est rendue, envers sa hiérarchie, ses partenaires internes comme externes, ses collègues, mais aussi soi-même.
Être agent public, c’est faire partie d’un collectif composé de personnes aux parcours divers mais tous unis dans un même but : notre mission de service public et la conduite de projet. C’est très motivant.
8. Quelle est, selon vous, la compétence la plus sous-estimée dans les métiers de la comptabilité publique et du contrôle financier ?
→ Selon mon expérience, les cinq années d’études de droit ne m’ont pas appris à manipuler Excel. Or, les métiers de la comptabilité publique nécessitent une très bonne maîtrise de cet outil. Heureusement que la fonction publique compte des instituts de formation de qualité qui permettent de se mettre à niveau.
En matière de contrôle comptable, contrôle financier, je ne pensais pas que le bon relationnel conditionnait autant la réussite de nos missions. Faciliter les échanges avec nos partenaires participe fortement à la conduite de nos missions et de nos projets, cela nécessite une qualité indispensable : la capacité de s’adapter quelle que soit la situation et l’interlocuteur en face de nous.
9. Le secteur public souffre parfois d’idées reçues. Quelle est, selon vous, la plus injuste ou la plus éloignée de la réalité ?
Ce qui me vient immédiatement à l’esprit est le temps de travail des agents publics. Un récent rapport de la DARES sur le temps de travail des agents publics en 2024 a montré que l’écart se réduisait fortement avec les salariés du privé. Cette idée reçue selon laquelle les agents publics travaillent beaucoup moins que les salariés du secteur privé : nous devons y mettre un terme. Pour prendre l’exemple de la fonction publique d’Etat (celle dans laquelle je suis affectée), les agents publics effectuent 1 701 heures par an (2024) contre 1 682 heures pour les salariés du secteur privé.
10. Y a-t-il un livre, une philosophie ou une personne qui influence particulièrement votre manière d’aborder votre métier ?
Philippe Séguin, grand Homme d’Etat, m’inspire beaucoup. D’une extrême lucidité, il résumait déjà en 1996, alors Président de l’Assemblée nationale, une situation des finances publiques en des termes que l’on pourrait transposer à la période que nous traversons :
« En matière de finances, la France doit faire face à des choix difficiles, qui lui sont imposés, pour une large part, par l’évolution du monde – donc par des facteurs extérieurs. Ces choix ne sont pas, loin de là, de simples ajustements économiques. Ils touchent aux équilibres structurels de notre pays, et au contrat social implicite qui fonde notre démocratie. Ces choix peuvent donc être qualifiés, sans abus de langage, de choix de société. Ils appellent des décisions spécifiquement politiques, et doivent être traités par les instances naturelles de débat et de contrôle, autrement dit le Parlement ».
11. Si vous deviez donner deux conseils à un étudiant souhaitant suivre une trajectoire similaire à la vôtre, lesquels seraient-ils ?
L’intérêt pour la chose publique, avoir le sens du service public, l’intérêt général doivent être évidemment présents chez quiconque ayant la volonté de s’engager dans cette voie.
Le second conseil que je donnerai est de se cultiver continuellement. J’entends par là : lire et écouter toutes sortes de contenus (journaux, écoute de podcasts, essais, biographies, revues spécialisées etc), discuter, débattre, s’interroger en permanence sur les problématiques que rencontrent les pouvoirs publics. Être curieux.
12. Quelles erreurs fréquentes observez-vous chez les jeunes qui rejoignent la fonction publique ?
Je ne pense pas que cela soit véritablement une erreur. Mais lorsqu’on est jeune et qu’on intègre la fonction publique, on est souvent pétri d’idéalisme. On peut parfois être déstabilisé car on pense peut-être déjà tout connaître (avec les stages réalisés, les mémoires de stage rédigés, les millions de lignes de cours magistraux appris par cœur…) alors qu’il n’en est rien évidemment.
Le conseil que je donnerais dans ce genre de situation est d’accepter avec humilité que l’on ne connaisse pas tout, que l’on a tout à apprendre …et donc à y gagner !