La COP 30 s’est ouverte le 6 Novembre à Bélem, au Brésil, au coeur de l’Amazonie. A cette occasion, le président Lula a annoncé que « la fenêtre d’opportunités se ferme rapidement » pour endiguer les effets du dérèglement climatique. Pourtant, les conférences internationales successives ont entériné le statut de notre planète en tant que bien commun. On entendra ici par « bien commun » un bien partagé par une communauté. S’intéresser à Garrett Hardin et Elinor Ostrom, et leur analyse respectives de l’administration des biens communs, peuvent aider à comprendre l’alarmisme du président Lula, et du reste de la société.

Pourquoi le sort des communs est-il, d’après Hardin, tragique ?

L’expérience de pensée de Garrett Hardin pour le démontrer est la suivante. Visualisez un pâturage fermé dont l’utilisation est collective à un village. Chaque berger du village peut y laisser pâturer ses bêtes. Cependant, tous ont conscience qu’au delà d’un certain seuil, le nombre de bêtes dans le pâturage sera nocif pour celui-ci (car la terre sera surexploité) et pour le cheptel (car chaque mouton aura individuellement moins à manger).

Pour Hardin, dans « La tragédie des communs » (Science, 1968), la tragédie est la suivante : du fait des tendances rationnelles des bergers, chacun a intérêt à surexploiter le pâturage collectif, menant ainsi à sa perte. En effet, ajouter votre bête au pâturage vous garantit tous les effets positifs en divisant les effets négatifs entre tous les bergers. Garrett Hardin affirme donc que, sans administration qui empêche de telles dérives, tout bien commun court à sa perte. Pour lui, « la liberté d’utilisation d’un commun n’apporte que la ruine ».

La réflexion de Hardin s’inscrit dans le cadre de la pensée sur le « droit à la procréation ». Pour lui, le problème n’est pas celui d’un cheptel dans un pâturage. C’est celui de la croissance de la population humaine dans un espace fini : la Terre. Hardin applique le présupposé de Malthus, qui affirme que la croissance de la population est « exponentielle » lorsqu’elle est non contrôlée. Il en tire la conséquence suivante : une régulation fondée sur de la coercition est nécessaire pour garantir la viabilité de l’accroissement naturel humain sur Terre.

Les expériences de gouvernance des communs, par Elinor Ostrom

Hardin dresse un constat tragique pour les communs. Cependant, Elinor Ostrom dans La gouvernance des biens communs : pour une nouvelle approche des ressources naturelles (1990) remet ce constat en question. Elle offre une critique du modèle de Hardin, fondé sur la théorie des jeux. Pour elle, les acteurs économiques sont capables de s’extraire du modèle d’Homo economicus. Son hypothèse est que les Hommes sont capables d’auto-organisation ce qui leur permet de mieux administrer la ressources commune. Ainsi, l’expérience du commun n’est pas forcément tragique.

C’est le cas du petit village de Törbel, en Suisse. Ce village, qui illustre la thèse d’Elinor Ostrom, gère de façon collective ses ressources depuis plusieurs siècles. Les habitants respectent les principes d’une bonne gouvernance commune définis par Elinor Ostrom. L’une d’entre elles prévoit un système gradué de sanctions pour des appropriations de ressources qui violent les règles de la communauté. On retrouvait d’ailleurs cette idée chez Hardin.

Törbel est un exemple de gouvernance des communs qui a réussi. Il ne représente pas une majorité de ces expériences, mais est un contre-exemple à l’idée selon laquelle la propriété collective mène toujours à la ruine. Plus encore, Törbel est une manifestation de la capacité de l’Homme à être autre chose qu’ Homo economicus. Dans le domaine environnemental, à l’heure où les discours scientifiques soulignent unanimement nos échecs, nous pourrions tenter de tirer des enseignements des réussites de ce petit village suisse.