La santé mentale, un sujet économique sous-estimé
L’ONU estime qu’aujourd’hui 11% de la population mondiale souffre de troubles psychologiques. Malakoff Humanis souligne qu’en France, les motifs psychologiques représentaient 31% des arrêts maladie de longue durée en 2023, contre 14% en 2020. La santé mentale : un coût colossal pour la France Le cas de la France est loin d’être exemplaire. Selon une […]
L’ONU estime qu’aujourd’hui 11% de la population mondiale souffre de troubles psychologiques. Malakoff Humanis souligne qu’en France, les motifs psychologiques représentaient 31% des arrêts maladie de longue durée en 2023, contre 14% en 2020.
La santé mentale : un coût colossal pour la France
Le cas de la France est loin d’être exemplaire. Selon une étude de 2023 parue dans « European Neuropsychopharmacology », sur les chiffres de 2019, la santé mentale coûterait à la France 163 milliards d’euros par an. Ce chiffre est un agrégat de données qui dépasse les simples dépenses de santé. Ces dépenses de santé s’élèvent à 27,8 milliards, deuxième poste de dépense derrière le cancer et devant les problèmes cardio-vasculaires. En effet, il regroupe les coûts directs et indirects des maladies mentales, selon la méthode standardisée promue par l’OMS. Cette méthodologie facilite les comparaisons internationales.
En même temps, la santé mentale est un secteur qui souffre d’un sous-financement. La France ne finance qu’à hauteur de 2 à 4% de son budget ce secteur, contre 21 % pour les maladies cardiovasculaires et 13 % pour les cancers. Elle se distingue, ici, négativement, par rapport à ses partenaires occidentaux. Le financement est à hauteur de 16 % aux Etats-Unis, 10 % en Finlande, 7 % au Royaume-Uni, 6 % en Espagne – pourtant un des pays du “Club Med”.
Des évolutions contrastées à l’étranger
La première puissance mondiale, où en est-elle ?
Les États-Unis de Trump s’inscrivent dans la lignée du déni. En effet, le programme de santé sous Trump et RK Kennedy, « Make America Healthy Again », est en lutte contre les sciences de la santé. La commission « MAHA » a pour but premier d’évaluer « la menace » que représenteraient les médicaments psychiatriques sur ordonnance, en particulier les anti-dépresseurs et les antipsychotiques.
La thèse trumpienne sur l’épidémie d’autisme aux EU a fait couler beaucoup d’encre. Seulement, il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg. Les actions en la défaveur de la santé mentale sont nombreuse. Le cas de la santé mentale des étudiants est éloquent à ce sujet. Entre 2023 et 2024, 34% des étudiants universitaires américains ayant bénéficié de services de santé mentale ont sérieusement envisagé le suicide selon Statista. Pourtant, l’administration Trump supprime un milliard de dollars de subvention pour la santé mentale des étudiants.
Pourtant, la première puissance mondiale a compté parmi les pionnières en matière de santé mentale. Dès 1963, John F Kennedy s’empare du sujet des troubles psychiques. Il fait voter le Community Mental Health Act, qui améliore la reconnaissance des troubles mentaux. J.F. Kennedy parle de la création d’environ 1500 centres communautaires de santé mentale. Ces centres visent à remplacer progressivement les grands hôpitaux psychiatriques – marqués par une forme d’industrialisation de la santé mentale. Dans les faits, même si cette loi n’a connu qu’un financement partiel et un recul progressif, cette initiative reste l’une des premières du genre.
Et les autres pays développés ? Où en est la santé mentale ?
En revanche, plusieurs pays dont la Belgique connaissent depuis 2020 une diminution du nombre de personnes déclarant des symptômes de dépressions. Pour autant, la dépression reste à des niveaux anormalement haut. On parle en Belgique d’un taux 20% plus élevé en comparaison à celui prépandémique. Dans d’autres pays, ce taux peut aller du double au triple par rapport à la période d’avant COVID-19.
Malgré des disparités entre pays, l’OMS rapporte qu’à l’échelle mondiale, le coût de la dépression et de l’anxiété est estimé à 12 milliards de jours de travail perdus. Il s’agirait d’une perte de productivité de 1 000 milliards de dollars par an.
Les entreprises face à leurs responsabilités
D’autre part, les entreprises sont aussi fautives. D’un côté, les laboratoires réalisent d’importantes marges sur les médicaments actuels. Ils sont confrontés à des essais cliniques difficiles. De ce fait, la création de médicaments adaptés stagne. En même temps, la recherche en neuroscience et en psychiatrie comportementale progresse. Ce paradoxe interroge la responsabilité du secteur.
D’un autre côté, « les entreprises ont longtemps vécu dans l’illusion confortable selon laquelle les facteurs agissant sur la santé mentale relèvent de la sphère personnelle, voire intime » rapporte Terra Nova, un Think Thank. En 2024, un suicide sur huit au Japon (Statista) est lié au « karojisatsu », ou suicide dû au surmenage et au stress au travail.
Les troubles psychologiques, un problème aux causes notamment sociales
Attention, les troubles psychiques ne sont pas qu’imputables à ces deux acteurs. Les réseaux sociaux ou le réchauffement ne sont que des exemples supplémentaires parmi tant d’autres. La santé mentale est un problème sur lequel nous devons agir. Tout le monde est à son échelle concerné.
Parler d’échelle est important. Les troubles psychologiques ne touchent pas équitablement les groupes sociologiques en moyenne. En effet, un rapport de l’ONU soutient que les personnes en situation de précarité (emplois informels, indépendants, pauvres, emploi à temps partiel, CDD) sont trois fois plus susceptibles de souffrir de dépression que le reste de la population. Aujourd’hui, “on court moins de risques de santé mentale en étant au chômage qu’en acceptant un emploi” (M De Schubert, juriste et rapporteur de l’ONU). À noter que le chômage reste une situation à risque.
Néanmoins, la situation du reste de la population reste préoccupante. En 2022, plus de 7 500 étudiants, femmes au foyer et chômeurs se sont suicidés en Corée du Sud, soit environ 60 % des suicides.
Par ailleurs, les facteurs aggravant les troubles psychiques sont multiples et complexes. Par exemple, le genre est un facteur important. En France, AlloDocteurs souligne que 75 % des suicides sont commis par des hommes, contre 25 % par des femmes.
En somme, la santé mentale n’est pas seulement une question de bien-être : c’est un investissement social, économique et humain. La traiter comme un coût, c’est ignorer qu’elle conditionne la santé même de nos sociétés.