De la ruralité dans la politique nationale : soutien, ou oubli ?
La scène était surprenante pour tous les acteurs qui y jouaient : Le 12 octobre 2025, Michel Fournier, président de l’AMRF (Association des Maires Ruraux de France) apprend, devant sa télévision, qu’il est nommé ministre délégué en charge de la ruralité. L’anecdote amuse dans les médias, mais ne pourrait-elle pas être aussi un symptôme du […]
La scène était surprenante pour tous les acteurs qui y jouaient : Le 12 octobre 2025, Michel Fournier, président de l’AMRF (Association des Maires Ruraux de France) apprend, devant sa télévision, qu’il est nommé ministre délégué en charge de la ruralité. L’anecdote amuse dans les médias, mais ne pourrait-elle pas être aussi un symptôme du statut accordé à la ruralité à des échelons politiques plus élevés ? Si Michel Fournier a été nommé presque par surprise, ça n’est pas le cas d’autres ministres.
La nomination de Michel Fournier, symbole de l’oubli de la ruralité par l’Administration centrale
En France, on entend par rural « l’ensemble des communes peu denses ou très peu denses d’après la grille communale de densité ». Auparavant, la définition de rural était opposée à celle d’unité urbaine, ou commune regroupant plus de 2000 habitants. Cependant, celle-ci sous-estimait le poids de la ruralité, notamment depuis les mesures de fusions intercommunales, qui augmentent artificiellement le nombre d’administrés. Michel Fournier le répète souvent, la ruralité représente « 88 % des communes en France et 33 % de la population ». Cette statistique souligne l’ancrage rural français, qui détonne avec le portrait généralement brossé des communes rurales. On dit d’elles que leurs services publics sont à l’arrêt, ou bien encore qu’elles n’attirent pas de listes électorales. Comment 88% des communes françaises peuvent-elles faire face à de tels défis ?
Il faut, avant tout, approfondir la définition de ruralité. La fameuse « grille communale de densité » définit 7 niveaux de densité (1 étant la plus forte, 7 la plus faible). D’après les chiffres de l’INSEE, comme l’affirme Michel Fournier, 88% des communes font partie des catégories 5, 6 et 7. L’ANCT (Agence Nationale de Cohésion des Territoires) élabore une liste des principales difficultés de ces régions.
Le vieillissement de la population et le départ des plus jeunes
Le premier des enjeux de la ruralité reste celui de l’attractivité. En effet, la grande tradition de l’exode rural, débutée au moment de la Révolution Industrielle, continue. Pourtant, la pandémie de COVID-19 avait semblé inverser cette tendance. Celle-ci avait, selon les médias, provoqué un exode urbain alimenté par le vie exigüe de la ville, exacerbé par les confinements. Cependant, la Popsu (la Plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines) publiait en 2023 un rapport dont la conclusion est claire : le rôle de la pandémie a largement été surestimé dans l’évaluation d’un exode urbain depuis 2020. Celle-ci a plutôt renforcé des dynamiques préexistantes, qui bénéficient aux zones rurales proches d’ensembles urbains.
L’accès aux services, et en particulier aux écoles, commerces et centre de santé
C’est là l’une des raisons principales de l’exode que connaissent les communes rurales. Celles-ci peuvent être sous influence d’un pôle urbain, plus ou moins proche et puissant, ce qui contribue à façonner l’exode de ces communes. Par exemple, les communes de la « Diagonale du vide » nourrissent en priorité les pôles urbains les plus proches. Il en va de même pour la ville de Paris, qui vampirise une grande partie des flux de personnes en Île-de-France. L’accès aux services en milieu rural est un déterminant de ces flux. C’est ce que révèle le rapport de Mathilde Desjonquères et Pierre Morel-À-L’Huissier à l’Assemblée Nationale. Celui-ci affirme par exemple que les « Les habitants des territoires ruraux sont toujours très pénalisés par les difficultés de l’accès aux soins ». Un médecin généraliste en campagne couvre 30km carrés, contre 5 en ville.
D’autre part, la numérisation des services publics, qui semble être une solution pour permettre un accès plus facile en milieu rural, soulève des problèmes. En effet, le rapport souligne le besoin de formation des administrés aux outils numériques. D’après le rapport, « L’ équipement numérique de la population est en progression mais cette évolution cache des réalités contrastées », notamment liées à l’âge, à l’équipement en fibre optiques, etc.
L’attractivité politique de la campagne
Le mandat de maire, premier élu local, est au centre de la question de la représentativité de la ruralité en politique. Le nombre de démissions croît, et une étude de l’Observatoire de la démocratie de proximité – AMF-Cevipof/SciencesPo, décrit « Des maires engagés mais empêchés ». Les politiques de décentralisation mal accompagnées et les combats avec les EPCI (Établissements Publics de Coopération Intercommunale) sont certaines des préoccupations du mandat de maire rural.
Alors que les élections municipales de 2026 approchent, certaines communes risquent de ne pas poyvoir monter de listes complètes. Mais le discours ne doit pas être catastrophiste. Les enjeux du mandat de « l’élu préféré des français » doivent être pris au sérieux par l’ensemble de la classe politique. L’engagement en politique rurale est la fondation du bon fonctionnement démocratique. La nomination de Michel Fournier, maire d’un village de 300 personnes, au gouvernement, aura au moins montré que la politique locale peut être porteuse, individuellement, à l’échelon le plus haut de la République.