Ukraine, Iran, Gaza : sont-ils les seuls conflits en 2026 ?
Analyse, 130 conflits en 2026 : entre guerres occultées, enjeux de l'ONU et biais médiatiques, découvrez la réalité d'un monde sous tensions.

Le monde fut parcouru par près de 130 conflits en 2025, selon des rapports du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo. Pourtant, le battage médiatique français, plus largement occidental, se concentre essentiellement sur l’Ukraine et le Moyen-Orient. Se pose la question, alors, du pourquoi ?
Déjà, c’est quoi ces 130 conflits ?
Pour arriver à 130 conflits, le CICR a dû faire des choix. Il a fait le choix de la définition du droit international. Cette définition divise les conflits en deux groupes : le conflit armé international (CAI) et le conflit armé non international (CANI). Le CANI regroupe l’essentiel des conflits, environ 70%.
Il faut par ailleurs comprendre que cette vision du conflit implique que dans un pays comme la Birmanie, le CICR recense entre 10 à 15 conflits. Car, dans ce cas, le gouvernement affronte plusieurs groupes sans commandement unique. Ces conflits s’établissent sur l’ensemble des continents, avec malgré tout, une forte concentration en Afrique. L’Afrique concentre en effet entre 50 et 65 conflits en 2025.
Des guerres civiles
Les guerres civiles continuent de dominer les raisons du conflit. Entre autres, le Soudan est ravagé par l’une des guerres civiles les plus sanglantes. Cette guerre démarre en 2003 au Darfour. Entre 2003 et 2023, ce conflit connaît des accélérations et des décélérations. Toutefois, depuis 2023, dans un contexte d’instabilité et de violence, le conflit continue de s’embraser toujours davantage. Deux armées, celle régulière de Abdel Fattah Al-Bourhane et celle irrégulière du général “Hemetti”, s’affrontent. Les Nations Unies rapportent le 31 mars 2026 qu’environ 15 millions de personnes ont été déplacées depuis le début du conflit. Ainsi, ce sont des millions d’enfants privés du droit à l’école ; le coordinateur régional du Programme Alimentaire Mondiale rappelle que : « C’est le seul endroit au monde où la famine est actuellement confirmée ».
De la même façon, l’Asie n’est pas épargnée par les guerres civiles. Le Myanmar, ou Birmanie, rend compte de cette violence. Le gouvernement militaire au pouvoir opprime les populations musulmanes, les Rohingyas, tout en diffusant un climat de terreur depuis 2021. D’un côté, les musulmans birmans font l’objet d’un nettoyage ethnique, d’expulsions et d’exil forcé vers le Bangladesh, d’une privation de citoyenneté, de droits civiques et de protection juridique… D’un autre côté, la population au global souffre du régime militaire.
La guerre traditionnelle contribue à la hausse des conflits
Le conflit entre deux états ou plus connaît un regain. La guerre en Ukraine ou la guerre en Iran mobilise toute notre attention en la matière. Pourtant, nombre d’autres conflits entre états ont cours à travers le monde. Le conflit entre le Rwanda et la RDC s’inscrit dans ce courant. Le Rwanda, sous couvert du M23, une milice, s’attaque à la région du nord Kivu, une partie de la RDC. Le contrôle de minéraux nécessaire à la création d’appareils électroniques… est en jeu.
Ce conflit dure depuis plus de 30 ans : depuis 1996, l’armée rwandaise est entrée dans le Kivu. Aujourd’hui, le nombre de groupes armés est estimé à 100, même le M23 demeure le plus puissant. Plusieurs organisations internationales, dont l’ONU, décrivent des situations de massacre et de violence dans la région.
Ainsi, les problèmes économiques et environnementaux se voient renforcés. L’OCHA (un organisme rattaché à l’ONU) compte 25,4 millions de personnes souffrant d’insécurité alimentaire, dont 3,6 en situation d’urgence alimentaire.
Le terrorisme et les groupuscules, un conflit interne à ne pas sous-estimer
Le terrorisme demeure une forme de conflit parmi les plus répandus. On parle de l’emploi systématique de la violence pour atteindre un but politique ; les actes de violence (attentats, destructions, prises d’otages), selon la définition du Robert.
Ce type de conflit prend essentiellement place au sein d’un certain nombre d’États. Il alimente et prolonge les rivalités, voire accroît, les tensions en présence. L’attentat du Hamas, du 7 octobre 2023 le montre : le déclenchement d’une tragédie énième humaine et humanitaire dans la région.
L’Afghanistan constitue un cas typique d’État caractérisé par une faible capacité institutionnelle, où le terrorisme s’inscrit dans des dynamiques endogènes de conflictualité. L’action de groupes tels que l’État islamique au Khorassan et des réseaux affiliés à Al-Qaïda alimente une insécurité persistante, révélatrice des limites du monopole de la « violence légitime » (Max Weber).
Les violences dirigées contre les civils et certaines minorités participent d’une fragmentation du corps social, tandis que la porosité des frontières et la circulation des acteurs armés inscrivent cette instabilité dans des logiques régionales. L’ensemble illustre la difficulté de sortir de configurations de conflits asymétriques enracinées dans la faiblesse structurelle de la gouvernance étatique.
Plus que de la violence, quelles sont les pratiques guerrières en temps de conflit ?
Parmi les méthodes employés par les belligérants, certaines dépassent la violence traditionnelle lors d’affrontement. L’objectif derrière est d’instaurer un climat de peur palpable. A cette fin, des horreurs sont perpétrées.
Les pratiques sexuellement abusives de guerre connaissent un regain. Par pratiques sexuellement abusives, le Monde parle du « viol, d’esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesses forcées, mariages forcés… ». Les victimes sont majoritairement des filles et femmes, même si des victimes hommes, garçons… connaissent un sort similaire. Dans la réalité, au Moyen-Orient, l’observatoire Euro-Med (une ONG de défense des droits de l’Homme) parle du recours au viol par des chiens sur des prisonniers.
La peur est suscitée par des mises à mort insondables, au premier rang desquelles l’enterrement vivant figure. Cette mise à mort est documentée, parfois filmée, a cours au Soudan. L’organe des droits de l’Homme rattaché à l’ONU évoque en 2023 au moins 87 personnes forcées à s’enterrer vivant.
En outre, les violences sur les civils qui ont connu un certain recul deviennent de plus en plus systématiques. Ce phénomène est notamment porté par le recours aux drones, un nouvel outil stratégique, ou par la réutilisation d’anciennes techniques d’armement comme les mines anti-personnelles au Moyen-Orient et sur le front russe.
Comment expliquer notre méconnaissance de ces horreurs du monde ?
Cet article est bien loin de faire le tour de l’ensemble des guerres et pratiques guerrières qui parcourent les champs de bataille. Néanmoins, son contenu vous a vraisemblablement fait découvrir au moins une guerre tragique ou une pratique inhumaine. Pourquoi ?
Le rôle des médias et un raisonnement économique
Le battage médiatique, en dehors de celui sur l’Ukraine et le Moyen-Orient, se révèle faible, temporaire, voire inexistante sur de nombreux conflits. Or, cette sélection conditionne alors ce que nous connaissons du monde. Nombre d’entre nous se limite à lire la presse pour s’informer, et à raison. Néanmoins, le domaine du visible dépeint par ces journaux est encadré et concentré sur quelques conflits.
Ce biais journalistique s’explique par plusieurs points. Une logique capitaliste soutient cette méthodologie journalistique. L’investigation coute chère : les journaux manquent d’argent pour envoyer des reporters sur le terrain. Les médias sont possédés par un petit groupe de milliardaires bien soucieux de protéger leur intérêt financier. L’ère de la post-vérité décrite par Myriam Revault d’Allonnes prend place : l’émotion prend le pas sur le réel, c’est plus vendeur.
Face à un monde gagné par le chaos, des arbitrages sur les sujets doivent être fait. Ainsi, quel conflit va rapporter le plus et lequel le moins ? L’audience guidant le peuple, effaçant pourtant une part de liberté. La guerre en Ukraine est plus proche de nous ; ce conflit ramène la guerre en Europe ; elle touche des européens ; elle mobilise nos gouvernements. Autrement dit, elle suscite de l’émotion, de l’anxiété et bien d’autres émotions ; l’engagement augmente et les recettes aussi.
A l’inverse, les conflits au Soudan ou en RDC sont trop loin, tant par l’identité des victimes que géographiquement. En plus, l’absence ou le manque de journaliste sur place rend la captation de faits « spectaculaires » presque nulle. L’engagement est alors faible, tout comme les recettes. Ces conflits n’ont alors pas une couverture médiatique égale à celles susmentionnées. La couverture médiatique des conflits lointains, maculant le monde, perd en vigueur.
Le rôle du système supranational
Nombreux de ces conflits inconnus du grand public jouissent malgré tout d’une reconnaissance dans les grandes instances mondiales. Plusieurs discours dénonçant le conflit en RDC ont pris place à la tribune de l’ONU. Toutefois, le fait que l’information ne ruisselle pas jusque dans nos gouvernements nationaux révèle une réalité : les organes supranationaux sont en échec, frappé par leur propre impuissance.
Le retour de Trump à la maison Blanche n’a pas condamné le système international. Ce dernier se meurt depuis déjà plusieurs années. Les horreurs des prisons syriennes, connus des services onusiens et documentés tout le durant de l’activité de celles-ci, soit bien avant leur ouverture en 2024, n’ont engendré aucune action. L’ONU n’a pas su mobiliser les puissants. Cet exemple n’en est qu’un parmi bien d’autres. Encore avant, il faut rappeler le génocide de Srebrenica en juillet 1995, où l’ONU a demeuré face à ce massacre sans pouvoir agir. Cet épisode a eu cours durant la guerre de Bosnie-Herzégovine.
L’objet de la fin de cet article n’est pas de faire un procès à l’ONU. Ses forces sont une ressource rare dans ce monde divisé. Elle peut se vanter de quelques réussites. Les accords de Dayton mettant fin à la guerre en Bosnie-Herzégovine, malgré son échec à Srebrenica, sont à souligner. En outre, ses multiples interventions en support contre la faim, la soif… sont reconnus ; les différents rapports permettent d’éclairer certains débats…
Conclusion, alors les conflits ?
La violence gagne du terrain ; les violences se débrident pour atteindre les populations civiles ; les violences frappent chaque continent, même si l’intensité et le nombre varient grandement. Néanmoins, la dangerosité du monde n’est que partiellement visible par l’occident, car souvent trop loin tant géographiquement que sur le plan identitaire.