L’attribution du mandat à Centerview Partners

La sélection de Centerview Partners a été principalement menée par le banquier français Matthieu Pigasse. Selon les informations rapportées par le quotidien Le Monde, ce dernier s’est rendu à Caracas à une dizaine de reprises depuis le début de l’année pour négocier cet accord. Matthieu Pigasse a mis en avant son réseau local et sa connaissance historique du dossier, ayant précédemment collaboré avec l’administration d’Hugo Chavez au début des années 2010, puis avec celle de Nicolas Maduro, tout en soulignant une relation professionnelle de longue date avec l’actuelle cheffe de l’État, Delcy Rodriguez.

Néanmoins, cette nomination semble avoir été effectuée en l’absence d’un processus formel d’appel d’offres. Cette situation a suscité des interrogations parmi les investisseurs et les responsables officiels quant à l’équité et à la transparence de la procédure de sélection. Des concurrents de Centerview, cités anonymement par Le Monde, ont également exprimé leur étonnement face à ce qu’ils perçoivent comme une implication directe des États-Unis dans le choix de la banque conseil d’un État étranger, notant par ailleurs l’absence d’implication du Fonds monétaire international (FMI) dans cette démarche.

Dans ce contexte, Mauricio Claver-Carone, ancien envoyé spécial de Donald Trump pour l’Amérique latine et actuel dirigeant du fonds d’investissement Lara Fund, aurait joué un rôle dans l’obtention de ce contrat en intervenant auprès d’acteurs américains et vénézuéliens. Ces allégations ont été formellement démenties par Matthieu Pigasse. Ce dernier a déclaré n’avoir eu aucune interaction avec les autorités américaines ou avec M. Claver-Carone concernant la restructuration de la dette vénézuélienne.

L’offre concurrente de Lazard et la structure des honoraires

Face à l’officialisation de ce mandat, la banque d’affaires Lazard a formulé une contre-proposition financière. Selon une source proche du dossier s’exprimant auprès de Reuters, Lazard a soumis une offre de 25 millions de dollars pour assumer le rôle de conseil financier à la place de Centerview. Cette source justifie cette démarche en affirmant que, « compte tenu de son expérience en matière de conseil souverain, Lazard estime que le gouvernement vénézuélien n’a pas besoin de payer un prix excessif pour bénéficier de conseils de restructuration ».

La question de la tarification est centrale dans cette concurrence. Selon les données initialement publiées par Bloomberg News, le contrat négocié par Centerview impliquerait des honoraires mensuels fixes de 750 000 dollars, assortis d’une commission de succès fixée à 0,1 % du montant total de la dette qui sera restructurée. Les estimations rapportées par l’agence financière indiquent que la rémunération totale de Centerview pourrait ainsi s’établir entre 150 et 200 millions de dollars. Ces montants contrastent avec les pratiques habituelles du secteur pour des missions similaires, où les commissions varient généralement entre 10 et 20 millions d’euros.

En réponse à ces informations, Centerview a adressé un communiqué à Reuters affirmant que les conditions de son engagement seraient strictement basées sur les taux du marché, qualifiant toute spéculation contraire de « fausse ». De son côté, un porte-parole de la banque Lazard a décliné toute demande de commentaire concernant ces chiffres.

La confirmation de Caracas

Malgré l’offre de Lazard, le gouvernement vénézuélien a choisi de maintenir sa décision initiale. Dimanche dernier, le ministère vénézuélien de la Communication et de l’Information a adressé un courriel à Reuters pour réaffirmer le choix de Centerview.

Dans sa déclaration, le ministère a tenu à remercier Lazard ainsi que les autres cabinets pour leur intérêt, avant de justifier sa sélection : « Comme lors de nos précédents processus de sélection de conseillers, nous avons appliqué un ensemble cohérent de critères axés sur l’expérience de l’équipe, son expertise, la qualité de son analyse et sa compréhension de notre situation ». Le gouvernement conclut que c’est sur la base de ces considérations techniques que Centerview Partners a été retenu comme banque conseil.

Le contexte macroéconomique : une dette complexe à restructurer

La tâche qui incombe à la banque conseil s’annonce particulièrement complexe, le Venezuela représentant aujourd’hui l’un des plus importants cas de défaut souverain au niveau mondial. L’État vénézuélien et l’entreprise publique PDVSA cumulent environ 60 milliards de dollars d’obligations en défaut de paiement depuis 2017. En intégrant les sentences arbitrales, les intérêts courus et d’autres réclamations non identifiées à ce jour, les analystes estiment que le passif total du pays pourrait dépasser les 150 milliards de dollars, voire atteindre 200 milliards.

La mission de Centerview sera d’élaborer une stratégie financière permettant de mener des négociations avec une multitude de créanciers aux profils diversifiés. Parmi eux figurent des fonds d’investissement américains, des entreprises multinationales du secteur pétrolier dont les actifs ont été nationalisés, ainsi que des États souverains tels que la Russie et la Chine.

L’objectif affiché par Caracas est d’effacer une part significative de cette dette souveraine afin de restaurer la viabilité des finances publiques, de réintégrer les systèmes de paiement internationaux et d’attirer de nouveaux investisseurs. Les analystes et des sources concordantes anticipent que les créanciers devront accepter une dépréciation de leurs créances supérieure à 60 %. Les premières présentations du cadre macroéconomique du Venezuela à la communauté financière internationale sont attendues dès le mois de juin 2026, avec pour objectif une conclusion des négociations envisagée pour la fin de l’année 2026 ou le début de l’année 2027.