Le réchauffement climatique gagne du terrain chaque année et continue de ravager le monde. Ces conséquences sont évidemment humaines, mais aussi économiques. Ces conséquences économiques sont multiples dont inflationnistes. 

Une inflation alimentaire

Le 21 juin 2025, la Banque Centrale Européenne dévoile une étude reliant le réchauffement climatique à une partie de l’inflation alimentaire. Cette étude décrit, que les effets du réchauffement climatique comme des sécheresses anormales conduisent à une baisse des rendements. Cette baisse des rendements se traduit par une raréfaction des ressources, qui mécaniquement enfle en termes de prix.

Dans les faits, cette hausse des prix se manifeste parfois de façon très rude. Le journal les Echos rapporte qu’à la suite d’une sécheresse anormale en Côte d’Ivoire et au Ghana, la production de chocolat en a pâti. Or, ces deux pays représentent 60% de la production mondiale. En conséquence, en un an, le prix du chocolat a été multiplié par 4.

Le cacao est loin d’être l’unique victime du réchauffement climatique. Le même article des Échos se fait le relais de 4 autres exemples. 

Une inflation plus insidieuse et généralisée

Le réchauffement climatique condamne certains biens à devenir mécaniquement plus cher du fait de leur rareté. Pour d’autres, l’énergie, les assurances… ou les transports en sont la cause.

La logistique, sous les feux des épisodes climatiques anormaux

La logistique mondiale doit se saisir de l’enjeu du réchauffement climatique pour s’y adapter. En effet, les épisodes climatiques anormaux recomposent les routes du commerce mondial. Les alternatives en découlant se révèlent souvent plus coûteuses et longues pour les compagnies.

Le canal de Panama souffre de cette réalité. A la suite d’aménagement entre 2007 et 2016, afin d’adapter les voies navigables au gigantisme des navires, les besoins en eaux ont cru. Ces nouveaux besoins conduisent à mettre en tension les ressources en eau. Or, cette zone connaît des épisodes de sécheresse exacerbée, ce qui, par conséquent, entame la fiabilité de cette artère du commerce mondial.

Cette route maritime concentre 3% du commerce mondial, soit 11 420 navires en 2024, reliant les deux façades états-uniennes. Elle dispense d’un voyage plus long et couteux, qui passe par la pointe australe de l’hémisphère américain. Autrement dit, les effets délétères du réchauffement climatique peuvent conduire à une refonte de la logistique internationale. Cette mutation se traduit par une hausse des coûts, pouvant se reporter sur les consommateurs.

Le secteur de l’énergie mis en tension par le climat

Le réchauffement climatique a des effets délétères sur les factures d’énergie. D’un côté, le réchauffement généralisé à travers le monde. Certaines zones du Canada ont connu des pics de température à 50° C en 2021, malgré un climat continental humide sinon froid de steppe.

Cela conduit à une utilisation accrue de la climatisation. Le Monde rapporte que chaque année, ce sont près de 135 millions de climatiseurs qui sont achetés de par le monde. Selon l’AIE, le nombre de climatiseurs dans le monde devrait passer de 1,6 milliard d’unités aujourd’hui à 5,6 milliards d’ici 2050. A l’inverse, le chauffage connaît une décroissance, certes, mais relativement modéré. Cela tient d’une part à des vagues de froid attribué aux conséquences du climat ; d’autre part, la surface à chauffer a bondi de 65% entre 2000 et 2020 et le froid moyen reste suffisant pour continuer de chauffer. Or, le chauffage citadin fonctionne encore beaucoup avec des vieilles chaudières à faible rendement. De ce fait, même si le climat s’est adouci en hiver, la demande énergétique ne faiblit que de peu.

Cette double peine énergétique a pour effet d’augmenter mécaniquement la facture. Certes, ce n’est pas une réelle inflation, puisqu’elle ne concerne pas le prix du kWh, néanmoins, l’augmentation du prix des factures n’en demeure pas moins réel.

D’un autre côté, les épisodes de sécheresse ou d’inondations accrus  fragilisent les centrales thermiques, nucléaire et hydroélectriques. En conséquence, cela limite l’accès à une source d’eau froide endommageant le réseau. En outre, l’altération des conditions climatiques d’une zone fragilise la production d’énergie renouvelable. Cela se traduit par une potentielle augmentation du prix du kWh. L’AIE suppute, que la production hydroélectrique mondiale pourrait chuter de 23% d’ici à 2050, si les régimes continuent de se dégrader. Or, l’hydroélectricité est l’une des sources d’énergie les plus compétitive au monde. Son absence, ou tout au moins sa diminution, renchérirait mécaniquement le coût de l’énergie.

Le réchauffement climatique : une augmentation des impôts ?

Face à l’ensemble des dégâts et calamités qu’entraine le réchauffement climatique, les États doivent se prémunir des risques et de l’aggravation de la situation. Ces mesures ont un coût, qui par ailleurs ne cesse de croître à mesure que l’inaction augmente. Or, comment supporter ce coût ? La dette de la France ou des États-Unis se cessent d’enfler, pourtant il faut toujours davantage payer.

Cette nécessité est chiffré à environ 60 à 70 milliards d’euros d’investissements publics supplémentaires par an pour la France d’ici 2030, selon le rapport Pisani-Ferry/Mahfouz

Mécaniquement, les États doivent augmenter leur recette ou les allouer différemment. Augmenter les recettes revient, en général, à augmenter les impôts. Il peut alors se poser la question de qui doit supporter cet effort : les ménages, via une fiscalité sur la consommation, ou les entreprises et les plus hauts patrimoines ?

Cette pression à la hausse sur les consommateurs moyens est flagrante dans l’immobilier parisien. La rénovation thermique obligatoire crée une impasse pour les petites surfaces : isoler un 9m2 par l’intérieur est souvent techniquement impossible sans passer sous le seuil de décence légale, rendant alors le logement impropre à sa location.

D’un autre côté, il est envisageable d’allouer différemment les dépenses de l’État. Se détourner des énergies non-renouvelable, en dehors du nucléaire, apparaît déjà raisonnable. La France a su agir lors du premier choc pétrolier de 1973 ; le plan Mesmer voit le jour en 1974 et entérine le « tout nucléaire ». La France est parvenue à se détacher en partie de sa dépendance aux hydrocarbures, au profit d’une énergie plus verte. Par ailleurs, l’impôt sur les profits polluants est aussi une piste. Cet impôt serait mécaniquement progressif. Il toucherait faiblement, voire nullement, les moins riches et pénaliserait fortement les plus riches. On appliquerait l’idée du « pollueur-payeur » sur les individus.

Comment interpréter cette mutation inflationniste ?

Le réchauffement climatique est une des principaux responsables de l’accroissement des inégalités. Ces inégalités s’établissent tant à une échelle nationale qu’internationale ; ces inégalités se structurent aussi bien financièrement que socialement. Ici, l’inflation est au carrefour de ces 4 points.

Nationalement, de quelle façon ces inégalités se manifestent-elles ? Financièrement, cette inflation creuse davantage l’écart entre les personnes les plus aisées et le reste de la population. Dans les faits, la loi d’Engels tire un constat simple : plus le revenu d’une personne est élevé, moins les besoins physiologiques pèsent dans son budget, et inversement.

Or, l’inflation jusqu’alors mentionnée frappe prioritairement ces besoins de première nécessité. Puisque les ménages modestes consacrent une part prépondérante de leurs revenus à la nourriture et à l’énergie, ils subissent alors de plein fouet la hausse des prix, là où les plus riches disposent d’un « coussin » financier et d’une structure de consommation plus diversifiée (services, loisirs, épargne). En somme, cette inflation ne se contente pas de réduire le pouvoir d’achat ; elle opère une redistribution inversée de la richesse, punissant plus sévèrement ceux qui possèdent le moins. Néanmoins, ce constat concerne de la même façon les plus pauvres dans le cas d’une inflation structurelle.